<?xml version="1.0" encoding="iso-8859-1"?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/" xmlns:admin="http://webns.net/mvcb/" xmlns:rdf="http://www.w3.org/1999/02/22-rdf-syntax-ns#" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"><channel><link>http://groupe.le-pape-est-vivant.gayattitude.com/</link><title>Un scoop au Vatican ! Le pape est vivant !</title><description>Un scoop au Vatican ! Le pape est vivant !</description><dc:language>fr</dc:language><dc:rights>Copyright 2008</dc:rights><dc:date>2008-01-02T04:18:17+01:00</dc:date><admin:generatorAgent rdf:resource="http://www.gayattitude.com/" /><admin:errorReportsTo rdf:resource="mailto:webmaster@gayattitude.com"/><sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod><sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency><sy:updateBase>2000-01-01T12:00+00:00</sy:updateBase><item><title>[Aldebaran77] Lumineux Noël !</title><link>http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071224161424/lumineux-noel/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071224161424/lumineux-noel/</guid><description>

Voici la Nuit où les Cieux sont ouverts !
Voici la Nuit où l'Infini s'incarne dans notre finitude !
Voici la Nuit où l'Eternel Présent s'insuffle dans notre temps !
Voici la Nuit où Dieu descend pour que nous montions à Lui !
Voici la Nuit où la Parole créatrice est transmuée en chair humaine !
Voici la Nuit fécondée par Ta Présence !
Voici la Lumière qui se lève dans les ténèbres !


Geertgen Tot, Nativité


A tous, un lumineux Noël plein d'amour !</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/l/aldebaran77/20071224-1206913724476fce633c5e0.jpg" width="800" height="600" border="1" alt="" title="" /></div><br />
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Voici la Nuit où les Cieux sont ouverts !<br />
Voici la Nuit où l'Infini s'incarne dans notre finitude !<br />
Voici la Nuit où l'Eternel Présent s'insuffle dans notre temps !<br />
Voici la Nuit où Dieu descend pour que nous montions à Lui !<br />
Voici la Nuit où la Parole créatrice est transmuée en chair humaine !<br />
Voici la Nuit fécondée par Ta Présence !<br />
Voici la Lumière qui se lève dans les ténèbres !<br />
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<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/l/aldebaran77/20071224-614704114476fceacabf6e.jpg" width="454" height="599" border="1" alt="" title="" /></div><br />
Geertgen Tot, Nativité<br />
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A tous, un lumineux Noël plein d'amour !]]></content:encoded><dc:creator>Aldebaran77</dc:creator><dc:date>2007-12-24T16:14:24+01:00</dc:date></item><item><title>[Et-in-Arkadia-ego] 23 décembre 1793: le désastre de Savenay!</title><link>http://blog.et-in-arkadia-ego.gayattitude.com/20071223070418/23-decembre-1793-le-desastre-de-savenay/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.et-in-arkadia-ego.gayattitude.com/20071223070418/23-decembre-1793-le-desastre-de-savenay/</guid><description>Alors que la plupart des gens s'abrutissent dans les préparatifs d'une fête de NOEL envisagée uniquement sous l'angle matérialiste du repas et des cadeaux... rappelons en ce 23 décembre le martyre de l' ARMEE CATHOLIQUE et ROYALE...

La bataille de Savenay fut la dernière bataille de la &quot;Virée de Galerne&quot; (et marqua la fin d'une épopée héroïque qui avait trembler la révolution) par l'anéantissement de l'armée catholique et royale.
Après une sévère défaite à la bataille du Mans (12 décembre 1793), quelques milliers de Vendéens s'enfuirent vers Laval, dans l'espoir de traverser Loire, pour retourner en Vendée. Devant l'absence de bateaux, le passage s'avéra impossible à Ancenis.
Les Vendéens construisirent alors des barques et environ 4 000 personnes, dont La Rochejacquelein et Stofflet, parvinrent à traverser avant l'arrivée de navires républicains, qui interrompirent le passage. L'arrière-garde vendéenne, bloquée au nord de la Loire, tenta de trouver une autre issue et se rendit vers Savenay, près de Nantes.
La petite ville fut prise par les Vendéens au matin du 22 décembre, presque sans combats,
le brouillard et les brûmes firent leur apparition dans l'après-midi et les Républicains se virent forcés de différer leur attaque et de maintenir leurs positions alors que, mis à part quelques chemins au sud de la ville, les Vendéens étaient presque totalement encerclés.

La bataille s'engagea à l'aube du 23 décembre et dura jusqu'à 14h. Je n'en rappelerai pas les phases et l'atrocité...

Après la bataille, la cavalerie républicaine commandée par Marceau et Westermann se lança à la poursuite des Vendéens, fouillant les villages voisins et les campagnes des environs, tuant ou capturant les trainards: fusillades immédiates, poursuites et massacres dans la campagne (il y eut des réchappés toutefois)… Les prisonniers (essentiellement des emmes et des enfants), envoyés à Nantes, furent sauvagement exterminés par Carrier.

Le général Westermann, surnommé « le boucher des Vendéens », écrivit au Comité de salut public une lettre restée célèbre :
« Citoyens républicains, il n'y a plus de Vendée ! Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l'enterrer dans les marais et les bois de Savenay. Suivant les ordres que vous m'avez donnés, j'ai écrasé les enfants sous les sabots des chevaux, massacré les femmes qui, au moins pour celles-là, n'enfanteront plus de brigands. Je n'ai pas un prisonnier à me reprocher. J'ai tout exterminé ...les routes sont semées de cadavres. On fusille sans cesse à Savenay, car à chaque instant il arrive des brigands qui prétendent se rendre prisonniers. [...] Nous ne faisons pas de prisonniers, Il faudrait leur donner le pain de la liberté et la pitié n'est pas révolutionnaire. »

Si la bataille marqua la fin de la Virée de Galerne et mit définitivement fin à la menace que représentait la Vendée pour la République, la guerre toutefois ne s'arrêta pas là: les combats se poursuivirent en Vendée. Le généralissime de l'Armée de l'Ouest, Marceau, outré par le comportement de ses soldats, demanda sa mutation et fut un temps remplacé par Kléber, jusqu'à ce que ce dernier soit à son tour muté en faveur de Turreau. Les combats qui s'ensuivront entre les Vendéens et les colonnes infernales républicaines prendront finalement la forme d'une guérilla.

</description><content:encoded><![CDATA[Alors que la plupart des gens s'abrutissent dans les préparatifs d'une fête de NOEL envisagée uniquement sous l'angle matérialiste du repas et des cadeaux... rappelons en ce 23 décembre le martyre de l' ARMEE CATHOLIQUE et ROYALE...<br />
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La bataille de Savenay fut la dernière bataille de la "Virée de Galerne" (et marqua la fin d'une épopée héroïque qui avait trembler la révolution) par l'anéantissement de l'armée catholique et royale.<br />
Après une sévère défaite à la bataille du Mans (12 décembre 1793), quelques milliers de Vendéens s'enfuirent vers Laval, dans l'espoir de traverser Loire, pour retourner en Vendée. Devant l'absence de bateaux, le passage s'avéra impossible à Ancenis.<br />
Les Vendéens construisirent alors des barques et environ 4 000 personnes, dont La Rochejacquelein et Stofflet, parvinrent à traverser avant l'arrivée de navires républicains, qui interrompirent le passage. L'arrière-garde vendéenne, bloquée au nord de la Loire, tenta de trouver une autre issue et se rendit vers Savenay, près de Nantes.<br />
La petite ville fut prise par les Vendéens au matin du 22 décembre, presque sans combats,<br />
le brouillard et les brûmes firent leur apparition dans l'après-midi et les Républicains se virent forcés de différer leur attaque et de maintenir leurs positions alors que, mis à part quelques chemins au sud de la ville, les Vendéens étaient presque totalement encerclés.<br />
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La bataille s'engagea à l'aube du 23 décembre et dura jusqu'à 14h. Je n'en rappelerai pas les phases et l'atrocité...<br />
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Après la bataille, la cavalerie républicaine commandée par Marceau et Westermann se lança à la poursuite des Vendéens, fouillant les villages voisins et les campagnes des environs, tuant ou capturant les trainards: fusillades immédiates, poursuites et massacres dans la campagne (il y eut des réchappés toutefois)… Les prisonniers (essentiellement des emmes et des enfants), envoyés à Nantes, furent sauvagement exterminés par Carrier.<br />
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Le général Westermann, surnommé « le boucher des Vendéens », écrivit au Comité de salut public une lettre restée célèbre :<br />
« Citoyens républicains, il n'y a plus de Vendée ! Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l'enterrer dans les marais et les bois de Savenay. Suivant les ordres que vous m'avez donnés, j'ai écrasé les enfants sous les sabots des chevaux, massacré les femmes qui, au moins pour celles-là, n'enfanteront plus de brigands. Je n'ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé ...les routes sont semées de cadavres. On fusille sans cesse à Savenay, car à chaque instant il arrive des brigands qui prétendent se rendre prisonniers. [...] Nous ne faisons pas de prisonniers, Il faudrait leur donner le pain de la liberté et la pitié n'est pas révolutionnaire. »<br />
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Si la bataille marqua la fin de la Virée de Galerne et mit définitivement fin à la menace que représentait la Vendée pour la République, la guerre toutefois ne s'arrêta pas là: les combats se poursuivirent en Vendée. Le généralissime de l'Armée de l'Ouest, Marceau, outré par le comportement de ses soldats, demanda sa mutation et fut un temps remplacé par Kléber, jusqu'à ce que ce dernier soit à son tour muté en faveur de Turreau. Les combats qui s'ensuivront entre les Vendéens et les colonnes infernales républicaines prendront finalement la forme d'une guérilla.<br />
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]]></content:encoded><dc:creator>Et-in-Arkadia-ego</dc:creator><dc:date>2007-12-23T07:04:18+01:00</dc:date></item><item><title>[Pasquinus-ridens] Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran</title><link>http://blog.pasquinus-ridens.gayattitude.com/20071222080708/discours-de-nicolas-sarkozy-au-palais-du-latran/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.pasquinus-ridens.gayattitude.com/20071222080708/discours-de-nicolas-sarkozy-au-palais-du-latran/</guid><description>Rome, Palais du Latran, jeudi 20 décembre 2007

Messieurs les cardinaux,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Permettez-moi d'adresser mes premières paroles au cardinal Ruini, pour le remercier très chaleureusement de la cérémonie qu'il vient de présider. J'ai été sensible aux prières qu'il a bien voulu offrir pour la France et le bonheur de son peuple. Je veux le remercier également pour l'accueil qu'il m'a réservé dans cette cathédrale de Rome, au sein de son chapitre.

Je vous serais également reconnaissant, Éminence, de bien vouloir transmettre à sa Sainteté Benoît XVI mes sincères remerciements pour l'ouverture de son palais pontifical qui nous permet de nous retrouver ce soir. L'audience que le Saint Père m'a accordée ce matin a été pour moi un moment d'émotion et de très grand intérêt. Je renouvelle au Saint Père l'attachement que je porte à son projet de déplacement en France au deuxième semestre de l'année 2008. En tant que Président de tous les Français, je suis comptable des espoirs que cette perspective suscite chez mes concitoyens catholiques et dans de nombreux diocèses. Quelles que soient les étapes de son séjour, Benoît XVI sera le bienvenu en France.

- En me rendant ce soir à Saint-Jean de Latran, en acceptant le titre de chanoine d'honneur de cette basilique, qui fut conféré pour la première fois à Henri IV et qui s'est transmis depuis lors à presque tous les chefs d'État français, j'assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation à l'Église.

C'est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l‘Église. Les faits sont là. En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement a eu des conséquences importantes sur le destin de la France et sur la christianisation de l'Europe. A de multiples reprises ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français ont eu l'occasion de manifester la profondeur de l'attachement qui les liait à l'Eglise et aux successeurs de Pierre. Ce fut le cas de la conquête par Pépin le Bref des premiers États pontificaux ou de la création auprès du Pape de notre plus ancienne représentation diplomatique.

Au-delà de ces faits historiques, c'est surtout parce que la foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature, que la France entretient avec le siège apostolique une relation si particulière. Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Et la France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle. Contribution spirituelle et morale par le foisonnement de saints et de saintes de portée universelle : saint Bernard de Clairvaux, saint Louis, saint Vincent de Paul, sainte Bernadette de Lourdes, sainte Thérèse de Lisieux, saint Jean-Marie Vianney, Frédéric Ozanam, Charles de Foucauld… Contribution littéraire et artistique : de Couperin à Péguy, de Claudel à Bernanos, Vierne, Poulenc, Duruflé, Mauriac ou encore Messiaen. Contribution intellectuelle, si chère à Benoît XVI, Blaise Pascal, Jacques Bénigne Bossuet, Jacques Maritain, Emmanuel Mounier, Henri de Lubac, René Girard… Qu'il me soit permis de mentionner également l'apport déterminant de la France à l'archéologie biblique et ecclésiale, ici à Rome, mais aussi en Terre sainte, ainsi qu'à l'exégèse biblique, avec en particulier l'Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem.

Je veux aussi évoquer parmi vous ce soir la figure du cardinal Jean-Marie Lustiger qui nous a quittés cet été. Son rayonnement et son influence ont eux aussi très largement dépassé les frontières de la France. J'ai tenu à participer à ses obsèques car aucun Français n'est resté indifférent au témoignage de sa vie, à la force de ses écrits, au mystère de sa conversion. Pour tous les catholiques, sa disparition a représenté une grande peine. Debout à côté de son cercueil, j'ai vu défiler ses frères dans l'épiscopat et les nombreux prêtres de son diocèse, et j'ai été touché par l'émotion qui se lisait sur le visage de chacun.

- Cette profondeur de l'inscription du christianisme dans notre histoire et dans notre culture, se manifeste ici à Rome par la présence jamais interrompue de Français au sein de la Curie, aux responsabilités les plus éminentes. Je veux saluer ce soir le cardinal Etchegaray, le cardinal Poupard, le cardinal Tauran, Monseigneur Mamberti, dont l'action honore la France.

Les racines chrétiennes de la France sont aussi visibles dans ces symboles que sont les Pieux établissements, la messe annuelle de la Sainte-Lucie et celle de la chapelle Sainte-Pétronille. Et puis il y a bien sûr cette tradition qui fait du Président de la République française le chanoine d'honneur de Saint-Jean de Latran. Saint-Jean de Latran, ce n'est pas rien. C'est la cathédrale du Pape, c'est la « tête et la mère de toutes les églises de Rome et du monde », c'est une église chère au cœur des Romains. Que la France soit liée à l'Eglise catholique par ce titre symbolique, c'est la trace de cette histoire commune où le christianisme a beaucoup compté pour la France et la France beaucoup compté pour le christianisme. Et c'est donc tout naturellement, comme le Général de Gaulle, comme Valéry Giscard d'Estaing, et plus récemment Jacques Chirac, que je suis venu m'inscrire avec bonheur dans cette tradition.

- Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. Je sais que l'interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie une reconstruction rétrospective du passé. C'est surtout par leur sacrifice dans les tranchées de la Grande guerre, par le partage des souffrances de leurs concitoyens, que les prêtres et les religieux de France ont désarmé l'anticléricalisme ; et c'est leur intelligence commune qui a permis à la France et au Saint-Siège de dépasser leurs querelles et de rétablir leurs relations.

Pour autant, il n'est plus contesté par personne que le régime français de la laïcité est aujourd'hui une liberté : liberté de croire ou de ne pas croire, liberté de pratiquer une religion et liberté d'en changer, liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, liberté de ne pas être discriminé par l'administration en fonction de sa croyance.

La France a beaucoup changé. Les Français ont des convictions plus diverses qu'autrefois. Dès lors la laïcité s'affirme comme une nécessité et une chance. Elle est devenue une condition de la paix civile. Et c'est pourquoi le peuple français a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire que pour souhaiter l'interdiction des signes ostentatoires à l'école.

Cela étant, la laïcité ne saurait être la négation du passé. Elle n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n'aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu'une nation qui ignore l'héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d'histoire, de patrimoine, d'art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c'est perdre la signification, c'est affaiblir le ciment de l'identité nationale, et dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire.

C'est pourquoi nous devons tenir ensemble les deux bouts de la chaîne : assumer les racines chrétiennes de la France, et même les valoriser, tout en défendant la laïcité enfin parvenue à maturité. Voilà le sens de la démarche que j'ai voulu accomplir ce soir à Saint-Jean de Latran.

- Le temps est désormais venu que, dans un même esprit, les religions, en particulier la religion catholique qui est notre religion majoritaire, et toutes les forces vives de la nation regardent ensemble les enjeux de l'avenir et non plus seulement les blessures du passé.

Je partage l'avis du pape quand il considère, dans sa dernière encyclique, que l'espérance est l'une des questions les plus importantes de notre temps. Depuis le siècle des Lumières, l'Europe a expérimenté beaucoup d'idéologies. Elle a mis successivement ses espoirs dans l'émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l'amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Elle s'est fourvoyée gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives – que je ne mets évidemment pas sur le même plan - n'a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l'existence.

Bien sûr, fonder une famille, contribuer à la recherche scientifique, enseigner, se battre pour des idées, en particulier si ce sont celles de la dignité humaine, diriger un pays, cela peut donner du sens à une vie. Ce sont ces petites et ces grandes espérances « qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin » pour reprendre les termes même de l'encyclique du Saint Père . Mais elles ne répondent pas pour autant aux questions fondamentales de l'être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort. Elles ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort.

Ces questions sont de toutes les civilisations et de toutes les époques. Et ces questions essentielles n'ont rien perdu de leur pertinence. Bien au contraire. Les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l'accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l'aspiration profonde des femmes et des hommes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent.

« Quand les espérances se réalisent, poursuit Benoît XVI, il apparaît clairement qu'en réalité, ce n'est pas la totalité. Il paraît évident que l'homme a besoin d'une espérance qui va au-delà. Il paraît évident que seul peut lui suffire quelque chose d'infini, quelque chose qui sera toujours ce qu'il ne peut jamais atteindre. […] Si nous ne pouvons espérer plus que ce qui est accessible, ni plus que ce qu'on peut espérer des autorités politiques et économiques, notre vie se réduit à être privée d'espérance ». Ou encore, comme l'écrivit Héraclite, « Si l'on n'espère pas l'inespérable, on ne le reconnaîtra pas ».

Ma conviction profonde, dont j'ai fait part notamment dans ce livre d'entretiens que j'ai publié sur la République, les religions et l'espérance, c'est que la frontière entre la foi et la non-croyance n'est pas et ne sera jamais entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu'elle traverse en vérité chacun de nous. Même celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu'il ne s'interroge pas sur l'essentiel. Le fait spirituel, c'est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c'est la réponse des religions à cette aspiration fondamentale.

Or, longtemps la République laïque a sous-estimé l'importance de l'aspiration spirituelle. Même après le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, elle s'est montrée plus méfiante que bienveillante à l'égard des cultes. Chaque fois qu'elle a fait un pas vers les religions, qu'il s'agisse de la reconnaissance des associations diocésaines, de la question scolaire, des congrégations, elle a donné le sentiment qu'elle agissait parce qu'elle ne pouvait pas faire autrement. Ce n'est qu'en 2002 qu'elle a accepté le principe d'un dialogue institutionnel régulier avec l'Eglise catholique. Qu'il me soit également permis de rappeler les critiques virulentes dont j'ai été l'objet au moment de la création du Conseil français du culte musulman. Aujourd'hui encore, la République maintient les congrégations sous une forme de tutelle, refuse de reconnaître un caractère cultuel à l'action caritative ou aux moyens de communication des Eglises, répugne à reconnaître la valeur des diplômes délivrés dans les établissements d'enseignement supérieur catholique alors que la Convention de Bologne le prévoit, n'accorde aucune valeur aux diplômes de théologie.

Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d'intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c'est un homme qui espère. Et l'intérêt de la République, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent. La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n'ont pas rendu les Français plus heureux. C'est une évidence.

Et puis je veux dire également que, s'il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu'il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D'abord parce que la morale laïque risque toujours de s'épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à l'infini. Ensuite parce qu'une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité. Comme l'écrivait Joseph Ratzinger dans son ouvrage sur l‘Europe, « le principe qui a cours maintenant est que la capacité de l'homme soit la mesure de son action. Ce que l'on sait faire, on peut également le faire ». A terme, le danger est que le critère de l'éthique ne soit plus d'essayer de faire ce que l'on doit faire, mais de faire ce que l'on peut faire. C'est une très grande question.

Dans la République laïque, l'homme politique que je suis n'a pas à décider en fonction de considérations religieuses. Mais il importe que sa réflexion et sa conscience soient éclairées notamment par des avis qui font référence à des normes et à des convictions libres des contingences immédiates. Toutes les intelligences, toutes les spiritualités qui existent dans notre pays doivent y prendre part. Nous serons plus sages si nous conjuguons la richesse de nos différentes traditions.

C'est pourquoi j'appelle de mes vœux l'avènement d'une laïcité positive, c'est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. Il ne s'agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s'agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d'avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à la leur compliquer.

- Messieurs les cardinaux, Mesdames et Messieurs, au terme de mon propos, et à quelques jours de cette fête de Noël qui est toujours un moment où l'on se recentre sur ce qui est le plus cher dans sa vie, je voudrais me tourner vers ceux d'entre vous qui sont engagés dans les congrégations, auprès de la Curie, dans le sacerdoce et l'épiscopat ou qui suivent actuellement leur formation de séminariste. Je voudrais vous dire très simplement les sentiments que m'inspirent vos choix de vie.

Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement, la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent de surmonter ces épreuves.

Sachez que nous avons au moins une chose en commun : c'est la vocation. On n'est pas prêtre à moitié, on l'est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu'on n'est pas non plus Président de la République à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait de l'intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j'allais faire ce que j'ai fait, je l'ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j'ai faits pour réaliser la mienne.

Ce que je veux vous dire ce soir, en tant que Président de la République, c'est l'importance que j'attache à ce que vous faites et à ce que vous êtes. Votre contribution à l'action caritative, à la défense des droits de l'homme et de la dignité humaine, au dialogue inter-religieux, à la formation des intelligences et des cœurs, à la réflexion éthique et philosophique, est majeure. Elle est enracinée dans la profondeur de la société française, dans une diversité souvent insoupçonnée, tout comme elle se déploie à travers le monde. Je veux saluer notamment nos congrégations, les Pères du Saint-Esprit, les Pères Blancs et les Sœurs Blanches, les fils et filles de la charité, les franciscains missionnaires, les jésuites, les dominicains, la Communauté de Sant'Egidio qui a une branche en France, toutes ces communautés, qui, dans le monde entier, soutiennent, soignent, forment, accompagnent, consolent leur prochain dans la détresse morale ou matérielle.

En donnant en France et dans le monde le témoignage d'une vie donnée aux autres et comblée par l'expérience de Dieu, vous créez de l'espérance et vous faites grandir des sentiments nobles. C'est une chance pour notre pays, et le Président que je suis le considère avec beaucoup d'attention. Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance.

Je veux évoquer la mémoire des moines de Tibhérine et de Monseigneur Pierre Claverie, dont le sacrifice portera un jour des fruits de paix, j'en suis convaincu. L'Europe a trop tourné le dos à la Méditerranée alors même qu'une partie de ses racines y plongent et que les pays riverains de cette mer sont au croisement d'un grand nombre d'enjeux du monde contemporain. J'ai voulu que la France prenne l'initiative d'une Union de la Méditerranée. Sa situation géographique tout comme son passé et sa culture l'y conduisent naturellement. Dans cette partie du monde où les religions et les traditions culturelles exacerbent souvent les passions, où le choc des civilisations peut rester à l'état de fantasme ou basculer dans la réalité la plus tragique, nous devons conjuguer nos efforts pour atteindre une coexistence paisible, respectueuse de chacun sans renier nos convictions profondes, dans une zone de paix et de prospérité. Cette perspective rencontre, me semble-t-il, l'intérêt du Saint-Siège.

Mais ce que j'ai le plus à cœur de vous dire, c'est que dans ce monde paradoxal, obsédé par le confort matériel, tout en étant chaque jour de plus en plus en quête de sens et d'identité, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont et ce en quoi ils croient. La campagne électorale de 2007 a montré que les Français avaient envie de politique pour peu qu'on leur propose des idées, des projets, des ambitions. Ma conviction est qu'ils sont aussi en attente de spiritualité, de valeurs, d'espérance.

Henri de Lubac, ce grand ami de Benoît XVI, a dit « La vie attire, comme la joie ». C'est pourquoi la France a besoin de catholiques heureux qui témoignent de leur espérance.

Depuis toujours, la France rayonne à travers le monde par la générosité et l'intelligence. C'est pourquoi elle a besoin de catholiques pleinement chrétiens, et de chrétiens pleinement actifs.

La France a besoin de croire à nouveau qu'elle n'a pas à subir l'avenir, parce qu'elle a à le construire. C'est pourquoi elle a besoin du témoignage de ceux qui, portés par une espérance qui les dépasse, se remettent en route chaque matin pour construire un monde plus juste et plus généreux.

J'ai offert ce matin au Saint Père deux éditions originales de Bernanos. Permettez-moi de conclure avec lui : « L'avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l'avenir, on le fait […] L'optimisme est une fausse espérance à l'usage des lâches […]. L'espérance est une vertu, une détermination héroïque de l'âme. La plus haute forme de l'espérance, c'est le désespoir surmonté ». Comme je comprends l'attachement du pape à ce grand écrivain qu'est Bernanos !

Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les universités, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre générosité, de votre courage, de votre espérance.

Je vous remercie.</description><content:encoded><![CDATA[Rome, Palais du Latran, jeudi 20 décembre 2007<br />
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Messieurs les cardinaux,<br />
Mesdames et Messieurs,<br />
Chers amis,<br />
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Permettez-moi d’adresser mes premières paroles au cardinal Ruini, pour le remercier très chaleureusement de la cérémonie qu’il vient de présider. J’ai été sensible aux prières qu’il a bien voulu offrir pour la France et le bonheur de son peuple. Je veux le remercier également pour l’accueil qu’il m’a réservé dans cette cathédrale de Rome, au sein de son chapitre.<br />
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Je vous serais également reconnaissant, Éminence, de bien vouloir transmettre à sa Sainteté Benoît XVI mes sincères remerciements pour l’ouverture de son palais pontifical qui nous permet de nous retrouver ce soir. L’audience que le Saint Père m’a accordée ce matin a été pour moi un moment d’émotion et de très grand intérêt. Je renouvelle au Saint Père l’attachement que je porte à son projet de déplacement en France au deuxième semestre de l’année 2008. En tant que Président de tous les Français, je suis comptable des espoirs que cette perspective suscite chez mes concitoyens catholiques et dans de nombreux diocèses. Quelles que soient les étapes de son séjour, Benoît XVI sera le bienvenu en France.<br />
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- En me rendant ce soir à Saint-Jean de Latran, en acceptant le titre de chanoine d’honneur de cette basilique, qui fut conféré pour la première fois à Henri IV et qui s’est transmis depuis lors à presque tous les chefs d’État français, j’assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation à l’Église.<br />
<br />
C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l‘Église. Les faits sont là. En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement a eu des conséquences importantes sur le destin de la France et sur la christianisation de l’Europe. A de multiples reprises ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français ont eu l’occasion de manifester la profondeur de l’attachement qui les liait à l’Eglise et aux successeurs de Pierre. Ce fut le cas de la conquête par Pépin le Bref des premiers États pontificaux ou de la création auprès du Pape de notre plus ancienne représentation diplomatique.<br />
<br />
Au-delà de ces faits historiques, c’est surtout parce que la foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature, que la France entretient avec le siège apostolique une relation si particulière. Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Et la France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle. Contribution spirituelle et morale par le foisonnement de saints et de saintes de portée universelle : saint Bernard de Clairvaux, saint Louis, saint Vincent de Paul, sainte Bernadette de Lourdes, sainte Thérèse de Lisieux, saint Jean-Marie Vianney, Frédéric Ozanam, Charles de Foucauld… Contribution littéraire et artistique : de Couperin à Péguy, de Claudel à Bernanos, Vierne, Poulenc, Duruflé, Mauriac ou encore Messiaen. Contribution intellectuelle, si chère à Benoît XVI, Blaise Pascal, Jacques Bénigne Bossuet, Jacques Maritain, Emmanuel Mounier, Henri de Lubac, René Girard… Qu’il me soit permis de mentionner également l’apport déterminant de la France à l’archéologie biblique et ecclésiale, ici à Rome, mais aussi en Terre sainte, ainsi qu’à l’exégèse biblique, avec en particulier l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem.<br />
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Je veux aussi évoquer parmi vous ce soir la figure du cardinal Jean-Marie Lustiger qui nous a quittés cet été. Son rayonnement et son influence ont eux aussi très largement dépassé les frontières de la France. J’ai tenu à participer à ses obsèques car aucun Français n’est resté indifférent au témoignage de sa vie, à la force de ses écrits, au mystère de sa conversion. Pour tous les catholiques, sa disparition a représenté une grande peine. Debout à côté de son cercueil, j’ai vu défiler ses frères dans l’épiscopat et les nombreux prêtres de son diocèse, et j’ai été touché par l’émotion qui se lisait sur le visage de chacun.<br />
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- Cette profondeur de l’inscription du christianisme dans notre histoire et dans notre culture, se manifeste ici à Rome par la présence jamais interrompue de Français au sein de la Curie, aux responsabilités les plus éminentes. Je veux saluer ce soir le cardinal Etchegaray, le cardinal Poupard, le cardinal Tauran, Monseigneur Mamberti, dont l’action honore la France.<br />
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Les racines chrétiennes de la France sont aussi visibles dans ces symboles que sont les Pieux établissements, la messe annuelle de la Sainte-Lucie et celle de la chapelle Sainte-Pétronille. Et puis il y a bien sûr cette tradition qui fait du Président de la République française le chanoine d’honneur de Saint-Jean de Latran. Saint-Jean de Latran, ce n’est pas rien. C’est la cathédrale du Pape, c’est la « tête et la mère de toutes les églises de Rome et du monde », c’est une église chère au cœur des Romains. Que la France soit liée à l’Eglise catholique par ce titre symbolique, c’est la trace de cette histoire commune où le christianisme a beaucoup compté pour la France et la France beaucoup compté pour le christianisme. Et c’est donc tout naturellement, comme le Général de Gaulle, comme Valéry Giscard d’Estaing, et plus récemment Jacques Chirac, que je suis venu m’inscrire avec bonheur dans cette tradition.<br />
<br />
- Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. Je sais que l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie une reconstruction rétrospective du passé. C’est surtout par leur sacrifice dans les tranchées de la Grande guerre, par le partage des souffrances de leurs concitoyens, que les prêtres et les religieux de France ont désarmé l’anticléricalisme ; et c’est leur intelligence commune qui a permis à la France et au Saint-Siège de dépasser leurs querelles et de rétablir leurs relations.<br />
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Pour autant, il n’est plus contesté par personne que le régime français de la laïcité est aujourd’hui une liberté : liberté de croire ou de ne pas croire, liberté de pratiquer une religion et liberté d’en changer, liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, liberté de ne pas être discriminé par l’administration en fonction de sa croyance.<br />
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La France a beaucoup changé. Les Français ont des convictions plus diverses qu’autrefois. Dès lors la laïcité s’affirme comme une nécessité et une chance. Elle est devenue une condition de la paix civile. Et c’est pourquoi le peuple français a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire que pour souhaiter l’interdiction des signes ostentatoires à l’école.<br />
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Cela étant, la laïcité ne saurait être la négation du passé. Elle n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d’histoire, de patrimoine, d’art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c’est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale, et dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire.<br />
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C’est pourquoi nous devons tenir ensemble les deux bouts de la chaîne : assumer les racines chrétiennes de la France, et même les valoriser, tout en défendant la laïcité enfin parvenue à maturité. Voilà le sens de la démarche que j’ai voulu accomplir ce soir à Saint-Jean de Latran.<br />
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- Le temps est désormais venu que, dans un même esprit, les religions, en particulier la religion catholique qui est notre religion majoritaire, et toutes les forces vives de la nation regardent ensemble les enjeux de l’avenir et non plus seulement les blessures du passé.<br />
<br />
Je partage l’avis du pape quand il considère, dans sa dernière encyclique, que l’espérance est l’une des questions les plus importantes de notre temps. Depuis le siècle des Lumières, l’Europe a expérimenté beaucoup d’idéologies. Elle a mis successivement ses espoirs dans l’émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l’amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Elle s’est fourvoyée gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives – que je ne mets évidemment pas sur le même plan - n’a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l’existence.<br />
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Bien sûr, fonder une famille, contribuer à la recherche scientifique, enseigner, se battre pour des idées, en particulier si ce sont celles de la dignité humaine, diriger un pays, cela peut donner du sens à une vie. Ce sont ces petites et ces grandes espérances « qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin » pour reprendre les termes même de l’encyclique du Saint Père . Mais elles ne répondent pas pour autant aux questions fondamentales de l’être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort. Elles ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort.<br />
<br />
Ces questions sont de toutes les civilisations et de toutes les époques. Et ces questions essentielles n’ont rien perdu de leur pertinence. Bien au contraire. Les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l’accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l’aspiration profonde des femmes et des hommes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent.<br />
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« Quand les espérances se réalisent, poursuit Benoît XVI, il apparaît clairement qu’en réalité, ce n’est pas la totalité. Il paraît évident que l’homme a besoin d’une espérance qui va au-delà. Il paraît évident que seul peut lui suffire quelque chose d’infini, quelque chose qui sera toujours ce qu’il ne peut jamais atteindre. […] Si nous ne pouvons espérer plus que ce qui est accessible, ni plus que ce qu’on peut espérer des autorités politiques et économiques, notre vie se réduit à être privée d’espérance ». Ou encore, comme l’écrivit Héraclite, « Si l’on n’espère pas l’inespérable, on ne le reconnaîtra pas ».<br />
<br />
Ma conviction profonde, dont j’ai fait part notamment dans ce livre d’entretiens que j’ai publié sur la République, les religions et l’espérance, c’est que la frontière entre la foi et la non-croyance n’est pas et ne sera jamais entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu’elle traverse en vérité chacun de nous. Même celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu’il ne s’interroge pas sur l’essentiel. Le fait spirituel, c’est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c’est la réponse des religions à cette aspiration fondamentale.<br />
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Or, longtemps la République laïque a sous-estimé l’importance de l’aspiration spirituelle. Même après le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, elle s’est montrée plus méfiante que bienveillante à l’égard des cultes. Chaque fois qu’elle a fait un pas vers les religions, qu’il s’agisse de la reconnaissance des associations diocésaines, de la question scolaire, des congrégations, elle a donné le sentiment qu’elle agissait parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement. Ce n’est qu’en 2002 qu’elle a accepté le principe d’un dialogue institutionnel régulier avec l’Eglise catholique. Qu’il me soit également permis de rappeler les critiques virulentes dont j’ai été l’objet au moment de la création du Conseil français du culte musulman. Aujourd’hui encore, la République maintient les congrégations sous une forme de tutelle, refuse de reconnaître un caractère cultuel à l’action caritative ou aux moyens de communication des Eglises, répugne à reconnaître la valeur des diplômes délivrés dans les établissements d’enseignement supérieur catholique alors que la Convention de Bologne le prévoit, n’accorde aucune valeur aux diplômes de théologie.<br />
<br />
Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d’intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent. La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence.<br />
<br />
Et puis je veux dire également que, s’il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini. Ensuite parce qu’une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité. Comme l’écrivait Joseph Ratzinger dans son ouvrage sur l‘Europe, « le principe qui a cours maintenant est que la capacité de l’homme soit la mesure de son action. Ce que l’on sait faire, on peut également le faire ». A terme, le danger est que le critère de l’éthique ne soit plus d’essayer de faire ce que l’on doit faire, mais de faire ce que l’on peut faire. C’est une très grande question.<br />
<br />
Dans la République laïque, l’homme politique que je suis n’a pas à décider en fonction de considérations religieuses. Mais il importe que sa réflexion et sa conscience soient éclairées notamment par des avis qui font référence à des normes et à des convictions libres des contingences immédiates. Toutes les intelligences, toutes les spiritualités qui existent dans notre pays doivent y prendre part. Nous serons plus sages si nous conjuguons la richesse de nos différentes traditions.<br />
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C’est pourquoi j’appelle de mes vœux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. Il ne s’agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s’agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d’avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à la leur compliquer.<br />
<br />
- Messieurs les cardinaux, Mesdames et Messieurs, au terme de mon propos, et à quelques jours de cette fête de Noël qui est toujours un moment où l’on se recentre sur ce qui est le plus cher dans sa vie, je voudrais me tourner vers ceux d’entre vous qui sont engagés dans les congrégations, auprès de la Curie, dans le sacerdoce et l’épiscopat ou qui suivent actuellement leur formation de séminariste. Je voudrais vous dire très simplement les sentiments que m’inspirent vos choix de vie.<br />
<br />
Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement, la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent de surmonter ces épreuves.<br />
<br />
Sachez que nous avons au moins une chose en commun : c’est la vocation. On n’est pas prêtre à moitié, on l’est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu’on n’est pas non plus Président de la République à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait de l’intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j’allais faire ce que j’ai fait, je l’ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j’ai faits pour réaliser la mienne.<br />
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Ce que je veux vous dire ce soir, en tant que Président de la République, c’est l’importance que j’attache à ce que vous faites et à ce que vous êtes. Votre contribution à l’action caritative, à la défense des droits de l’homme et de la dignité humaine, au dialogue inter-religieux, à la formation des intelligences et des cœurs, à la réflexion éthique et philosophique, est majeure. Elle est enracinée dans la profondeur de la société française, dans une diversité souvent insoupçonnée, tout comme elle se déploie à travers le monde. Je veux saluer notamment nos congrégations, les Pères du Saint-Esprit, les Pères Blancs et les Sœurs Blanches, les fils et filles de la charité, les franciscains missionnaires, les jésuites, les dominicains, la Communauté de Sant’Egidio qui a une branche en France, toutes ces communautés, qui, dans le monde entier, soutiennent, soignent, forment, accompagnent, consolent leur prochain dans la détresse morale ou matérielle.<br />
<br />
En donnant en France et dans le monde le témoignage d’une vie donnée aux autres et comblée par l’expérience de Dieu, vous créez de l’espérance et vous faites grandir des sentiments nobles. C’est une chance pour notre pays, et le Président que je suis le considère avec beaucoup d’attention. Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance.<br />
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Je veux évoquer la mémoire des moines de Tibhérine et de Monseigneur Pierre Claverie, dont le sacrifice portera un jour des fruits de paix, j’en suis convaincu. L’Europe a trop tourné le dos à la Méditerranée alors même qu’une partie de ses racines y plongent et que les pays riverains de cette mer sont au croisement d’un grand nombre d’enjeux du monde contemporain. J’ai voulu que la France prenne l’initiative d’une Union de la Méditerranée. Sa situation géographique tout comme son passé et sa culture l’y conduisent naturellement. Dans cette partie du monde où les religions et les traditions culturelles exacerbent souvent les passions, où le choc des civilisations peut rester à l’état de fantasme ou basculer dans la réalité la plus tragique, nous devons conjuguer nos efforts pour atteindre une coexistence paisible, respectueuse de chacun sans renier nos convictions profondes, dans une zone de paix et de prospérité. Cette perspective rencontre, me semble-t-il, l’intérêt du Saint-Siège.<br />
<br />
Mais ce que j’ai le plus à cœur de vous dire, c’est que dans ce monde paradoxal, obsédé par le confort matériel, tout en étant chaque jour de plus en plus en quête de sens et d’identité, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d’affirmer ce qu’ils sont et ce en quoi ils croient. La campagne électorale de 2007 a montré que les Français avaient envie de politique pour peu qu’on leur propose des idées, des projets, des ambitions. Ma conviction est qu’ils sont aussi en attente de spiritualité, de valeurs, d’espérance.<br />
<br />
Henri de Lubac, ce grand ami de Benoît XVI, a dit « La vie attire, comme la joie ». C’est pourquoi la France a besoin de catholiques heureux qui témoignent de leur espérance.<br />
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Depuis toujours, la France rayonne à travers le monde par la générosité et l’intelligence. C’est pourquoi elle a besoin de catholiques pleinement chrétiens, et de chrétiens pleinement actifs.<br />
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La France a besoin de croire à nouveau qu’elle n’a pas à subir l’avenir, parce qu’elle a à le construire. C’est pourquoi elle a besoin du témoignage de ceux qui, portés par une espérance qui les dépasse, se remettent en route chaque matin pour construire un monde plus juste et plus généreux.<br />
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J’ai offert ce matin au Saint Père deux éditions originales de Bernanos. Permettez-moi de conclure avec lui : « L’avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l’avenir, on le fait […] L’optimisme est une fausse espérance à l’usage des lâches […]. L’espérance est une vertu, une détermination héroïque de l’âme. La plus haute forme de l’espérance, c’est le désespoir surmonté ». Comme je comprends l’attachement du pape à ce grand écrivain qu’est Bernanos !<br />
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Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les universités, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre générosité, de votre courage, de votre espérance.<br />
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Je vous remercie.]]></content:encoded><dc:creator>Pasquinus-ridens</dc:creator><dc:date>2007-12-22T08:07:08+01:00</dc:date></item><item><title>[Aldebaran77] Vers Noël (suite)</title><link>http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071220182219/vers-noel-suite/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071220182219/vers-noel-suite/</guid><description>O nuit brillante 
Nuit de vive splendeur 
Ta lumière éclatante 
Fait le jour dans mon coeur 

Etoiles, étoiles 
Resplendissez sur Lui 
Un Dieu, sous d'humbles voiles 
Vient à nous cette nuit 

O nuit brillante 
Nuit de vive splendeur 
Ta lumière éclatante 
Fait le jour dans mon coeur 

Merveille, merveille 
Gloire au plus haut des cieux 
Debout, qu'on se réveille ! 
Paix sur terre en tout lieux 

O nuit brillante 
Nuit de vive splendeur 
Ta lumière éclatante 
Fait le jour dans mon coeur

Noël provençal
</description><content:encoded><![CDATA[O nuit brillante <br />
Nuit de vive splendeur <br />
Ta lumière éclatante <br />
Fait le jour dans mon coeur <br />
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Etoiles, étoiles <br />
Resplendissez sur Lui <br />
Un Dieu, sous d'humbles voiles <br />
Vient à nous cette nuit <br />
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O nuit brillante <br />
Nuit de vive splendeur <br />
Ta lumière éclatante <br />
Fait le jour dans mon coeur <br />
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Merveille, merveille <br />
Gloire au plus haut des cieux <br />
Debout, qu'on se réveille ! <br />
Paix sur terre en tout lieux <br />
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O nuit brillante <br />
Nuit de vive splendeur <br />
Ta lumière éclatante <br />
Fait le jour dans mon coeur<br />
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Noël provençal<br />
]]></content:encoded><dc:creator>Aldebaran77</dc:creator><dc:date>2007-12-20T18:22:19+01:00</dc:date></item><item><title>[Aldebaran77] Vers Noël (suite)</title><link>http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071220175219/vers-noel-suite/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071220175219/vers-noel-suite/</guid><description>20 décembre

O Clavis David, et sceptrum domus Israel ; qui aperis, et nemo claudit ; claudis, et nemo aperit : veni, et educ vinctum de domo carceris, sedentem in tenebris et umbra mortis.

O Clef de David, sceptre de la Maison d'Israël, qui ouvre et que personne ne peut fermer, qui ferme et que personne ouvrir, viens et tire de prison les captifs assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort.


C'est personnellement l'antienne que je trouve la plus belle !</description><content:encoded><![CDATA[20 décembre<br />
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O Clavis David, et sceptrum domus Israel ; qui aperis, et nemo claudit ; claudis, et nemo aperit : veni, et educ vinctum de domo carceris, sedentem in tenebris et umbra mortis.<br />
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O Clef de David, sceptre de la Maison d'Israël, qui ouvre et que personne ne peut fermer, qui ferme et que personne ouvrir, viens et tire de prison les captifs assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort.<br />
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C'est personnellement l'antienne que je trouve la plus belle !]]></content:encoded><dc:creator>Aldebaran77</dc:creator><dc:date>2007-12-20T17:52:19+01:00</dc:date></item><item><title>[Aldebaran77] Vers Noël</title><link>http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071218131304/vers-noel/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071218131304/vers-noel/</guid><description>Les grandes antiennes &quot;O&quot;, antiennes de l'Avent.

Avec un jour de retard, voici le début des grandes antiennes du Magnificat, les antiennes &quot;O&quot;, chantées juste avant Noël.

17 décembre

O Sapientia, quæ ex ore Altissimi prodisti, attingens a fine usque ad finem, fortiter suaviter disponensque omnia: veni ad docendum nos viam prudentiæ.

O Sagesse, sortie de la bouche du Très-Haut, qui atteins d'une extrémité à l'autre du monde et qui disposes toutes choses avec force et douceur, viens nous montrer la voie de la prudence. 


18 décembre

O Adonai, et Dux domus Israel, qui Moysi in igne flammæ rubi apparuisti, et ei in Sina legem dedisti : veni ad redimendum nos in bracchio extento. 

O Adonaï, conducteur de la Maison d'Israël, qui es apparu à Moïse dans la flamme du Buisson ardent et qui lui as donné la Loi au mont Sinaï, viens nous racheter en déployant la force de ton bras. 

Je vous conseille aussi la version en allemand d'Arvo Pärt, absolument sublime !</description><content:encoded><![CDATA[Les grandes antiennes "O", antiennes de l'Avent.<br />
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Avec un jour de retard, voici le début des grandes antiennes du Magnificat, les antiennes "O", chantées juste avant Noël.<br />
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17 décembre<br />
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O Sapientia, quæ ex ore Altissimi prodisti, attingens a fine usque ad finem, fortiter suaviter disponensque omnia: veni ad docendum nos viam prudentiæ.<br />
<br />
O Sagesse, sortie de la bouche du Très-Haut, qui atteins d'une extrémité à l'autre du monde et qui disposes toutes choses avec force et douceur, viens nous montrer la voie de la prudence. <br />
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18 décembre<br />
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O Adonai, et Dux domus Israel, qui Moysi in igne flammæ rubi apparuisti, et ei in Sina legem dedisti : veni ad redimendum nos in bracchio extento. <br />
<br />
O Adonaï, conducteur de la Maison d'Israël, qui es apparu à Moïse dans la flamme du Buisson ardent et qui lui as donné la Loi au mont Sinaï, viens nous racheter en déployant la force de ton bras. <br />
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Je vous conseille aussi la version en allemand d'Arvo Pärt, absolument sublime !]]></content:encoded><dc:creator>Aldebaran77</dc:creator><dc:date>2007-12-18T13:13:04+01:00</dc:date></item><item><title>[Aldebaran77] Le Grand silence...</title><link>http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071125203315/le-grand-silence/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071125203315/le-grand-silence/</guid><description>A la suite de très intéressants échanges que j'ai eu sur le forum de GA au sujet, notamment, de la foi et de la science, et du créationnisme, j'aimerais faire part ici de quelques réflexions qui n'engagent que moi.

Et d'abord, le postulat fondamental est celui de la distinction entre foi et science. La science est du domaine des principes démontrables, la foi de celui de la croyance, de la confiance en un principe supérieur. Vouloir mélanger les deux domaines est aussi hasardeux qu'irrationnel. Et pourtant… Un scientifique de renom, Richard Dawkins, affirmait il y a peu que « l'existence de Dieu est, statistiquement, très improbable ». Dieu se réduit-Il à une équation mathématique, se laisse-t-Il enfermer dans une éprouvette ? C'est faire preuve d'un positivisme que l'on croyait relégué aux poussiéreuses archives de l'histoire des sciences que de penser cela ! 
Et si le jésuite et paléontologue Pierre Teilhard de Chardin a tenté, en une prodigieuse et ambitieuse synthèse, de réconcilier science et foi (« Il n'y a pas, concrètement, de la Matière et de l'Esprit: mais il existe seulement de la Matière devenant Esprit. » dixit Teilhard), sa perspective est d'abord théologique, et prend donc racine dans sa foi.
La foi est en effet, selon moi, confiance, non en un principe, un concept, mais en une personne. Or, pour comprendre un être humain, je ne peux pas me baser sur ma raison seule, sur mon « esprit de géométrie », dirait Blaise Pascal. Je dois user de mon « esprit de finesse ». A fortiori pour Dieu. Comme le dit Saint Augustin, il faut «croire pour comprendre». Il faut dépasser notre raison, car Dieu la dépasse infiniment, pour rencontrer Dieu non pas comme un concept éthéré, mais comme une personne véritable qui se révèle à nous. Et tout devient plus clair, car «c'est le coeur qui sent Dieu, et non la raison.» (Blaise Pascal). Oui, j'aurais beau tout savoir du monde, si je n'ai pas un esprit d'enfant, je ne comprendrai jamais Dieu, ce Dieu dont le compositeur Olivier Messiaen dresse ce merveilleux portrait dans ses Trois petites liturgies de la Présence Divine :  « Vous êtes près, Vous êtes loin, Vous êtes la lumière et les ténèbres, Vous êtes à la fois si compliqué et si simple, Vous êtes infiniment simple ! ». Ce Dieu que tant de savants ont cherché, et qui s'est révélé aux humbles, à ceux qui distinguent obscurément, à travers la splendeur spiralée des galaxies, le rougeoiement d'un coucher de Soleil, le sourire d'un enfant ou l'évolution elle-même, que « toute la nature n'est qu'une espèce de liturgie et qu'elle n'a pour fonction que de célébrer quelqu'un ou quelque chose (de se célébrer elle-même), avec persévérance et obstination », comme le disait Ramuz dans son Journal, que j'ai d'ailleurs cité dans ce blog il y a quelques semaines.
Oui, j'aurais beau tout savoir du monde, si je n'ai pas un esprit d'enfant, je ne comprendrai jamais Dieu, ce Dieu dont le compositeur Olivier Messiaen dresse ce merveilleux portrait dans ses Trois petites liturgies de la Présence Divine :  « Vous êtes près, Vous êtes loin, Vous êtes la lumière et les ténèbres, Vous êtes à la fois si compliqué et si simple, Vous êtes infiniment simple ! ». Ce Dieu que tant de savants ont cherché, et qui s'est révélé aux humbles, à ceux qui distinguent obscurément, à travers la splendeur spiralée des galaxies, le rougeoiement d'un coucher de Soleil, le sourire d'un enfant ou l'évolution elle-même, que « toute la nature n'est qu'une espèce de liturgie et qu'elle n'a pour fonction que de célébrer quelqu'un ou quelque chose (de se célébrer elle-même), avec persévérance et obstination », comme le disait Ramuz dans son Journal.
Il y a quelques jours est passé sur Arte le film « Le Grand silence », tourné à la Grande Chartreuse près de Grenoble. Expérience impressionnante à plus d'un titre : près de trois heures d'un silence monacal (c'est le cas de le dire…), entrecoupé seulement par le son des cloches appelant les moines à la prière. Le réalisateur s'est laissé imprégner d'une manière totale par l'esprit du lieu. Son œuvre est inclassable : presque une expérience mystique, une longue méditation sur la prière et sur l'abandon à Dieu. Elle ne tente pas d'expliquer l'inexplicable, ce qui pousse ces hommes à vivre une telle vie, à « s'abîmer dans la prodigieuse compassion de Dieu », comme le dit magnifiquement Bernanos dans La Joie. Elle montre seulement un peu de ce « cœur à cœur » avec Dieu vers lequel tendent les moines. C'est dans le silence qu'il faut chercher la présence de Dieu.



« Vous qui parlez en nous, 
Vous qui vous taisez en nous, 
Et gardez le silence dans votre Amour, 
Enfoncez votre image dans la durée de mes jours. » 

Olivier Messiaen, extrait des Trois petites liturgies de la Présence Divine 

</description><content:encoded><![CDATA[A la suite de très intéressants échanges que j’ai eu sur le forum de GA au sujet, notamment, de la foi et de la science, et du créationnisme, j’aimerais faire part ici de quelques réflexions qui n’engagent que moi.<br />
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Et d’abord, le postulat fondamental est celui de la distinction entre foi et science. La science est du domaine des principes démontrables, la foi de celui de la croyance, de la confiance en un principe supérieur. Vouloir mélanger les deux domaines est aussi hasardeux qu’irrationnel. Et pourtant… Un scientifique de renom, Richard Dawkins, affirmait il y a peu que « l’existence de Dieu est, statistiquement, très improbable ». Dieu se réduit-Il à une équation mathématique, se laisse-t-Il enfermer dans une éprouvette ? C’est faire preuve d’un positivisme que l’on croyait relégué aux poussiéreuses archives de l’histoire des sciences que de penser cela ! <br />
Et si le jésuite et paléontologue Pierre Teilhard de Chardin a tenté, en une prodigieuse et ambitieuse synthèse, de réconcilier science et foi (« Il n'y a pas, concrètement, de la Matière et de l'Esprit: mais il existe seulement de la Matière devenant Esprit. » dixit Teilhard), sa perspective est d’abord théologique, et prend donc racine dans sa foi.<br />
La foi est en effet, selon moi, confiance, non en un principe, un concept, mais en une personne. Or, pour comprendre un être humain, je ne peux pas me baser sur ma raison seule, sur mon « esprit de géométrie », dirait Blaise Pascal. Je dois user de mon « esprit de finesse ». A fortiori pour Dieu. Comme le dit Saint Augustin, il faut «croire pour comprendre». Il faut dépasser notre raison, car Dieu la dépasse infiniment, pour rencontrer Dieu non pas comme un concept éthéré, mais comme une personne véritable qui se révèle à nous. Et tout devient plus clair, car «c'est le coeur qui sent Dieu, et non la raison.» (Blaise Pascal). Oui, j’aurais beau tout savoir du monde, si je n’ai pas un esprit d’enfant, je ne comprendrai jamais Dieu, ce Dieu dont le compositeur Olivier Messiaen dresse ce merveilleux portrait dans ses Trois petites liturgies de la Présence Divine :  « Vous êtes près, Vous êtes loin, Vous êtes la lumière et les ténèbres, Vous êtes à la fois si compliqué et si simple, Vous êtes infiniment simple ! ». Ce Dieu que tant de savants ont cherché, et qui s’est révélé aux humbles, à ceux qui distinguent obscurément, à travers la splendeur spiralée des galaxies, le rougeoiement d’un coucher de Soleil, le sourire d’un enfant ou l’évolution elle-même, que « toute la nature n’est qu’une espèce de liturgie et qu’elle n’a pour fonction que de célébrer quelqu’un ou quelque chose (de se célébrer elle-même), avec persévérance et obstination », comme le disait Ramuz dans son Journal, que j’ai d’ailleurs cité dans ce blog il y a quelques semaines.<br />
Oui, j’aurais beau tout savoir du monde, si je n’ai pas un esprit d’enfant, je ne comprendrai jamais Dieu, ce Dieu dont le compositeur Olivier Messiaen dresse ce merveilleux portrait dans ses Trois petites liturgies de la Présence Divine :  « Vous êtes près, Vous êtes loin, Vous êtes la lumière et les ténèbres, Vous êtes à la fois si compliqué et si simple, Vous êtes infiniment simple ! ». Ce Dieu que tant de savants ont cherché, et qui s’est révélé aux humbles, à ceux qui distinguent obscurément, à travers la splendeur spiralée des galaxies, le rougeoiement d’un coucher de Soleil, le sourire d’un enfant ou l’évolution elle-même, que « toute la nature n’est qu’une espèce de liturgie et qu’elle n’a pour fonction que de célébrer quelqu’un ou quelque chose (de se célébrer elle-même), avec persévérance et obstination », comme le disait Ramuz dans son Journal.<br />
Il y a quelques jours est passé sur Arte le film « Le Grand silence », tourné à la Grande Chartreuse près de Grenoble. Expérience impressionnante à plus d’un titre : près de trois heures d’un silence monacal (c’est le cas de le dire…), entrecoupé seulement par le son des cloches appelant les moines à la prière. Le réalisateur s’est laissé imprégner d’une manière totale par l’esprit du lieu. Son œuvre est inclassable : presque une expérience mystique, une longue méditation sur la prière et sur l’abandon à Dieu. Elle ne tente pas d’expliquer l’inexplicable, ce qui pousse ces hommes à vivre une telle vie, à « s’abîmer dans la prodigieuse compassion de Dieu », comme le dit magnifiquement Bernanos dans La Joie. Elle montre seulement un peu de ce « cœur à cœur » avec Dieu vers lequel tendent les moines. C’est dans le silence qu’il faut chercher la présence de Dieu.<br />
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<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/l/aldebaran77/20071125-20470334264749cd2075fac.jpg" width="400" height="534" border="1" alt="" title="" /></div><br />
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« Vous qui parlez en nous, <br />
Vous qui vous taisez en nous, <br />
Et gardez le silence dans votre Amour, <br />
Enfoncez votre image dans la durée de mes jours. » <br />
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Olivier Messiaen, extrait des Trois petites liturgies de la Présence Divine <br />
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]]></content:encoded><dc:creator>Aldebaran77</dc:creator><dc:date>2007-11-25T20:33:15+01:00</dc:date></item><item><title>[Pasquinus-ridens] Le bon grain et l'ivraie.</title><link>http://blog.pasquinus-ridens.gayattitude.com/20071111152054/le-bon-grain-et-l-ivraie/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.pasquinus-ridens.gayattitude.com/20071111152054/le-bon-grain-et-l-ivraie/</guid><description>Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 13,24-30.

&quot; Il leur proposa une autre parabole, disant : &quot; Le royaume des cieux est semblable à un homme qui avait semé de bonne semence dans son champ. Or, pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint et sema de l'ivraie au milieu du froment par dessus, et il s'en alla. Quand l'herbe eut poussé et donné son fruit, alors apparut aussi l'ivraie. Et les serviteurs du maître de maison vinrent lui dire : &quot; Maître, n'avez-vous pas semé de bonne semence dans votre champ? D'où (vient) donc qu'il s'y trouve de l'ivraie? &quot; Il leur dit : &quot; C'est un ennemi qui a fait cela. &quot; Les serviteurs lui disent : &quot; Voulez-vous que nous allions la ramasser? — Non, dit-il, de peur qu'en ramassant l'ivraie vous n'arrachiez aussi le froment. Laissez croître ensemble l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : Ramassez d'abord l'ivraie, et liez-la en bottes pour la brûler; quand au froment, amassez-le dans mon grenier. &quot; 

( Traduction de la Bible catholique du chanoine Crampon)

Avec le commentaire de Sa Sainteté Pie XII, dans l'Encyclique « Mystici corporis Christi », 1943 


« Laissez-les pousser ensemble jusqu'à la moisson »

      Qu'on n'imagine pas que le Corps de l'Eglise, ayant l'honneur de porter le nom du Christ, ne se compose, dès le temps de son pèlerinage terrestre, que de membres éminents en sainteté, ou ne comprend que le groupe de ceux qui sont prédestinés par Dieu au bonheur éternel. Il faut admettre, en effet, que l'infinie miséricorde de notre Sauveur ne refuse pas maintenant une place dans son Corps mystique à ceux auxquels il ne la refusa pas autrefois à son banquet (cf Mt 9,11). Car toute faute, même un péché grave, n'a pas de soi pour résultat -- comme le schisme, l'hérésie ou l'apostasie -- de séparer l'homme du Corps de l'Eglise. Toute vie ne disparaît pas de ceux qui, ayant perdu par le péché la charité et la grâce sanctifiante, devenus par conséquent incapables de tout mérite surnaturel, conservent pourtant la foi et l'espérance chrétienne, et à la lumière de la grâce divine, sous les inspirations intérieures et l'impulsion du Saint Esprit, sont poussés à une crainte salutaire et excités par Dieu à la prière et au repentir de leurs fautes.

      Que tous aient donc en horreur le péché qui souille les membres mystiques du Rédempteur, mais que le pécheur tombé et qui ne s'est pas rendu par son obstination indigne de la communion des fidèles soit accueilli avec beaucoup d'amour, qu'on ne voie en lui avec une fervente charité qu'un membre infirme de Jésus Christ. Car il vaut mieux, selon la remarque de saint Augustin, « être guéri dans le Corps de l'Eglise qu'être retranché de ce Corps comme des membres incurables » ; « tant que le membre est encore attaché au corps, il ne faut pas désespérer de sa santé ; mais s'il en est retranché, il ne peut plus ni être soigné ni être guéri ». 
</description><content:encoded><![CDATA[Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 13,24-30.<br />
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" Il leur proposa une autre parabole, disant : " Le royaume des cieux est semblable à un homme qui avait semé de bonne semence dans son champ. Or, pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint et sema de l'ivraie au milieu du froment par dessus, et il s'en alla. Quand l'herbe eut poussé et donné son fruit, alors apparut aussi l'ivraie. Et les serviteurs du maître de maison vinrent lui dire : " Maître, n'avez-vous pas semé de bonne semence dans votre champ? D'où (vient) donc qu'il s'y trouve de l'ivraie? " Il leur dit : " C'est un ennemi qui a fait cela. " Les serviteurs lui disent : " Voulez-vous que nous allions la ramasser? — Non, dit-il, de peur qu'en ramassant l'ivraie vous n'arrachiez aussi le froment. Laissez croître ensemble l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : Ramassez d'abord l'ivraie, et liez-la en bottes pour la brûler; quand au froment, amassez-le dans mon grenier. " <br />
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( Traduction de la Bible catholique du chanoine Crampon)<br />
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Avec le commentaire de Sa Sainteté Pie XII, dans l'Encyclique « Mystici corporis Christi », 1943 <br />
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« Laissez-les pousser ensemble jusqu'à la moisson »<br />
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      Qu'on n'imagine pas que le Corps de l'Eglise, ayant l'honneur de porter le nom du Christ, ne se compose, dès le temps de son pèlerinage terrestre, que de membres éminents en sainteté, ou ne comprend que le groupe de ceux qui sont prédestinés par Dieu au bonheur éternel. Il faut admettre, en effet, que l'infinie miséricorde de notre Sauveur ne refuse pas maintenant une place dans son Corps mystique à ceux auxquels il ne la refusa pas autrefois à son banquet (cf Mt 9,11). Car toute faute, même un péché grave, n'a pas de soi pour résultat -- comme le schisme, l'hérésie ou l'apostasie -- de séparer l'homme du Corps de l'Eglise. Toute vie ne disparaît pas de ceux qui, ayant perdu par le péché la charité et la grâce sanctifiante, devenus par conséquent incapables de tout mérite surnaturel, conservent pourtant la foi et l'espérance chrétienne, et à la lumière de la grâce divine, sous les inspirations intérieures et l'impulsion du Saint Esprit, sont poussés à une crainte salutaire et excités par Dieu à la prière et au repentir de leurs fautes.<br />
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      Que tous aient donc en horreur le péché qui souille les membres mystiques du Rédempteur, mais que le pécheur tombé et qui ne s'est pas rendu par son obstination indigne de la communion des fidèles soit accueilli avec beaucoup d'amour, qu'on ne voie en lui avec une fervente charité qu'un membre infirme de Jésus Christ. Car il vaut mieux, selon la remarque de saint Augustin, « être guéri dans le Corps de l'Eglise qu'être retranché de ce Corps comme des membres incurables » ; « tant que le membre est encore attaché au corps, il ne faut pas désespérer de sa santé ; mais s'il en est retranché, il ne peut plus ni être soigné ni être guéri ». <br />
]]></content:encoded><dc:creator>Pasquinus-ridens</dc:creator><dc:date>2007-11-11T15:20:54+01:00</dc:date></item><item><title>[LeBoboGentilhomme] Deo gratias - Où l'on rend grâces à une sainte</title><link>http://blog.lebobogentilhomme.gayattitude.com/20071015194221/deo-gratias-ou-l-on-rend-graces-a-une-sainte/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.lebobogentilhomme.gayattitude.com/20071015194221/deo-gratias-ou-l-on-rend-graces-a-une-sainte/</guid><description>

MERCI !

</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/l/e/lebobogentilhomme/20071015-19359840454713a509e6dc8.jpg" width="292" height="376" /></div><br />
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<center><b>MERCI !</center></b><br />
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<div align="right"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/l/e/lebobogentilhomme/20060510-136090845244621e3c8904d.jpg" width="106" height="58" alt="" title="" /></div>]]></content:encoded><dc:creator>LeBoboGentilhomme</dc:creator><dc:date>2007-10-15T19:42:21+01:00</dc:date></item><item><title>[Aldebaran77] Olivier Messiaen : Psalmodie sur l'ubiquité par amour</title><link>http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071007232614/olivier-messiaen-psalmodie-sur-l-ubiquite-par-amour/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.aldebaran77.gayattitude.com/20071007232614/olivier-messiaen-psalmodie-sur-l-ubiquite-par-amour/</guid><description>

Tout entier en tout lieu, 
Tout entier en chaque lieu, 
Donnant l'être à chaque lieu, 
A tout ce qui occupe un lieu, 
Le successif vous est simultané, 
Dans ces espaces et ces temps que vous avez créés, 
Satellites de votre Douceur. 
Posez-vous comme un sceau sur mon coeur. 
[…]
Vous qui parlez en nous, 
Vous qui vous taisez en nous, 
Et gardez le silence dans votre Amour, 
Vous êtes près, 
Vous êtes loin, 
Vous êtes la lumière et les ténèbres, 
Vous êtes si compliqué et si simple, 
Vous êtes infiniment simple. 
[…]

Olivier Messiaen, extraits de «Psalmodie sur l'ubiquité par amour», troisième partie des Trois petites Liturgies de la Présence divine

Un extrait du texte jubilatoire et si poétique de l'œuvre qui m'a fait découvrir ce génial compositeur qu'est Olivier Messiaen. 
De plus, le thème de cette œuvre (la présence de Dieu) me concerne d'autant plus que j'ai eu l'occasion de travailler, dans le cadre de mon mémoire en géographie, sur le choix de l'emplacement des lieux sacrés… J'aurai l'occasion, je l'espère, de vous en faire part un de ces jours…

P.S. : pour les intéressés, j'ai le texte de Messiaen en version complète à disposition.
 
</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/l/aldebaran77/20071007-204535393647094bb64b7ac.jpg" width="400" height="593" border="1" alt="" title="" /></div><br />
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Tout entier en tout lieu, <br />
Tout entier en chaque lieu, <br />
Donnant l’être à chaque lieu, <br />
A tout ce qui occupe un lieu, <br />
Le successif vous est simultané, <br />
Dans ces espaces et ces temps que vous avez créés, <br />
Satellites de votre Douceur. <br />
Posez-vous comme un sceau sur mon coeur. <br />
[…]<br />
Vous qui parlez en nous, <br />
Vous qui vous taisez en nous, <br />
Et gardez le silence dans votre Amour, <br />
Vous êtes près, <br />
Vous êtes loin, <br />
Vous êtes la lumière et les ténèbres, <br />
Vous êtes si compliqué et si simple, <br />
Vous êtes infiniment simple. <br />
[…]<br />
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Olivier Messiaen, extraits de «Psalmodie sur l’ubiquité par amour», troisième partie des Trois petites Liturgies de la Présence divine<br />
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Un extrait du texte jubilatoire et si poétique de l’œuvre qui m’a fait découvrir ce génial compositeur qu’est Olivier Messiaen. <br />
De plus, le thème de cette œuvre (la présence de Dieu) me concerne d’autant plus que j’ai eu l’occasion de travailler, dans le cadre de mon mémoire en géographie, sur le choix de l’emplacement des lieux sacrés… J’aurai l’occasion, je l’espère, de vous en faire part un de ces jours…<br />
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P.S. : pour les intéressés, j’ai le texte de Messiaen en version complète à disposition.<br />
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<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/l/aldebaran77/20071007-114947821647094d327343c.jpg" width="400" height="566" border="1" alt="" title="" /></div>]]></content:encoded><dc:creator>Aldebaran77</dc:creator><dc:date>2007-10-07T23:26:14+01:00</dc:date></item><item><title>[Pasquinus-ridens] De Blaise Pascal :</title><link>http://blog.pasquinus-ridens.gayattitude.com/20070903055736/de-blaise-pascal/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.pasquinus-ridens.gayattitude.com/20070903055736/de-blaise-pascal/</guid><description>
Contre l'Indifference des Athées.

QUE ceux qui combattent la religion apprennent au moins quelle elle est avant que de la combattre. Si cette Religion se vantoit d'avoir une veuë claire de Dieu, &amp;amp; de le posseder à découvert &amp;amp; sans voile, ce seroit la combattre que de dire qu'on ne voit rien dans le monde qui le monstre avec cette évidence. Mais puisqu'elle dit au contraire que les hommes sont dans les tenebres, &amp;amp; dans l'éloignement de Dieu, qu'il s'est caché à leur connoissance, &amp;amp; que c'est mesme le nom qu'il se donne dans les Escritures, Deus absconditus : &amp;amp; enfin si elle travaille également à établir ces deux choses ; que Dieu a mis des marques sensibles dans l'Eglise pour se faire reconnoistre à ceux qui le chercheroient sincerement ; &amp;amp; qu'il les a couvertes neanmoins de telle sorte qu'il ne sera apperçû que de ceux qui le cherchent de tout leur coeur ; quel avantage peuvent-ils tirer, lors que dans la negligence où ils font profession d'estre de chercher la verité, ils crient que rien ne la leur monstre ; puisque cette obscurité où ils sont, &amp;amp; qu'ils objectent à l'Eglise ne fait qu'établir une des choses qu'elle soûtient sans toucher à l'autre, &amp;amp; confirme sa doctrine bien loin de la ruiner ?

Il faudroit pour la combattre qu'ils criassent qu'ils ont fait tous leurs efforts pour chercher par tout, &amp;amp; mesme dans ce que l'eglise propose pour s'en instruire, mais sans aucune satisfaction. S'ils parloient de la sorte, ils combattroient à la verité une de ses prétentions. Mais j'espere monstrer icy qu'il n'y a point de personne raisonnable qui puisse parler de la sorte ; &amp;amp; j'ose mesme dire que jamais personne ne l'a fait. On sçait assez de quelle maniere agissent ceux qui sont dans cet esprit. Ils croyent avoir fait de grands efforts pour s'instruire lors qu'ils ont employé quelques heures à la lecture de l'Escriture, &amp;amp; qu'ils ont interrogé quelqu'Ecclesiastique sur les veritez de la foy. Aprés cela ils se vantent d'avoir cherché sans succez dans les livres &amp;amp; parmy les hommes. Mais en verité je ne puis m'empescher de leur dire, que cette negligence n'est pas supportable. Il ne s'agit pas icy de l'interest leger de quelque personne étrangere : il s'agit de nous-mesme &amp;amp; de nostre tout.

L'immortalité de l'ame est une chose qui nous importe si fort, &amp;amp; qui nous touche si profondément, qu'il faut avoir perdu tout sentiment pour estre dans l'indifference de sçavoir ce qui en est. Toutes nos actions &amp;amp; toutes nos pensées doivent prendre des routes si differentes selon qu'il y aura des biens éternels à esperer ou non, qu'il est impossible de faire une démarche avec sens &amp;amp; jugement qu'en la reglant par la veuë de ce point qui doit estre nostre dernier objet.

Ainsi nostre premier interest &amp;amp; nostre premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet d'où dépend toute nostre conduite. Et c'est pourquoy parmy ceux qui n'en sont pas persuadez, je fais une extrême difference entre ceux qui travaillent de toutes leurs forces à s'en instruire, &amp;amp; ceux qui vivent sans s'en mettre en peine &amp;amp; sans y penser.

Je ne puis avoir que de la compassion pour ceux qui gémissent sincerement dans ce doute, qui le regardent comme le dernier des malheurs, &amp;amp; qui n'épargnant rien pour en sortir font de cette recherche leur principale &amp;amp; leur plus serieuse occupation. Mais pour ceux qui passent leur vie sans penser à cette derniere fin de la vie, &amp;amp; qui par cette seule raison, qu'ils ne trouvent pas en eux-mesme des lumieres qui les persuadent, negligent d'en chercher ailleurs, &amp;amp; d'examiner à fond si cette opinion est de celles que le peuple reçoit par une simplicité credule, ou de celles qui quoyqu'obscures d'elles-mesmes ont neanmoins un fondement tres solide, je les considere d'une maniere toute differente. Cette negligence en une affaire où il s'agit d'eux-mesmes, de leur éternité, de leur tout, m'irrite plus qu'elle ne m'attendrit ; elle m'étonne &amp;amp; m'épouvante ; c'est un monstre pour moy. Je ne dis pas cecy par le zele pieux d'une devotion spirituelle. Je prétens au contraire que l'amour propre, que l'interest humain, que la plus simple lumiere de la raison nous doit donner ces sentimens. Il ne faut voir pour cela que ce que voyent les personnes les moins éclairées.

Il ne faut pas avoir l'ame fort élevée pour comprendre qu'il n'y a point icy de satisfaction veritable &amp;amp; solide, que tous nos plaisirs ne sont que vanité, que nos maux sont infinis, &amp;amp; qu'enfin la mort qui nous menace à chaque instant nous doit mettre dans peu d'années, &amp;amp; peut-estre en peu de jours dans un estat éternel de bonheur, ou de malheur, ou d'anneantissement. Entre nous &amp;amp; le ciel, l'enfer, ou le neant il n'y a donc que la vie qui est la chose du monde la plus fragile ; &amp;amp; le ciel n'estant pas certainement pour ceux qui doutent si leur ame est immortelle, ils n'ont à attendre que l'enfer ou le neant.

Il n'y a rien de plus réel que cela ny de plus terrible. Faisons tant que nous voudrons les braves, voila la fin qui attend la plus belle vie du monde.

C'est en vain qu'ils détournent leur pensée de cette eternité qui les attend, comme s'ils la pouvoient anneantir en n'y pensant point. Elle subsiste malgré eux, elle s'avance, &amp;amp; la mort qui la doit ouvrir les mettra infailliblement dans peu de temps dans l'horrible necessité d'estre eternellement ou anneantis, ou malheureux.

Voila un doute d'une terrible consequence ; &amp;amp; c'est déja assurément un tres grand mal que d'estre dans ce doute ; mais c'est au moins un devoir indispensable de chercher quand on y est. Ainsi celuy qui doute &amp;amp; qui ne cherche pas est tout ensemble &amp;amp; bien injuste, &amp;amp; bien malheureux. Que s'il est avec cela tranquille &amp;amp; satisfait, qu'il en fasse profession, &amp;amp; enfin qu'il en fasse vanité, &amp;amp; que ce soit de cet estat mesme qu'il fasse le sujet de sa joye &amp;amp; de sa vanité, je n'ay point de termes pour qualifier une si extravagante creature.

Où peut-on prendre ces sentimens ? Quel sujet de joye trouve-t'on à n'attendre plus que des miseres sans ressource ? Quel sujet de vanité de se voir dans des obscuritez impénetrables ? Quelle consolation de n'attendre jamais de consolateur ?

Ce repos dans cette ignorance est une chose monstrueuse, &amp;amp; dont il faut faire sentir l'extravagance &amp;amp; la stupidité à ceux qui y passent leur vie, en leur representant ce qui se passe en eux-mesme, pour les confondre par la veuë de leur folie. Car voicy comment raisonnent les hommes, quand ils choisissent de vivre dans cette ignorance de ce qu'ils sont, &amp;amp; sans en rechercher d'éclaircissement.

Je ne sçay qui m'a mis au monde, ny ce que c'est que le monde, ny que moy-mesme. Je suis dans une ignorance terrible de toutes choses. Je ne sçais ce que c'est que mon corps, que mes sens, que mon ame ; &amp;amp; cette partie mesme de moy qui pense ce que je dis, &amp;amp; qui fait reflexion sur tout &amp;amp; sur elle-mesme, ne se connoist non plus que le reste. Je vois ces effroyables espaces de l'Univers qui m'enferment, &amp;amp; je me trouve attaché à un coin de cette vaste estenduë, sans sçavoir pourquoy je suis plûtost placé en ce lieu qu'en un autre, ny pourquoy ce peu de temps qui m'est donné à vivre m'est assigné à ce point plûtost qu'à un autre de toute l'eternité qui m'a precedé, &amp;amp; de toute celle qui me suit. Je ne vois que des infinitez de toutes parts qui m'engloutissent comme un atome, &amp;amp; comme une ombre qui ne dure qu'un instant sans retour. Tout ce que je connois c'est que je dois bientost mourir ; mais ce que j'ignore le plus c'est cette mort mesme que je ne sçaurois éviter.

Comme je ne sçay d'où je viens, aussi je ne sçay où je vas ; &amp;amp; je sçay seulement qu'en sortant de ce monde, je tombe pour jamais ou dans le neant, ou dans les mains d'un Dieu irrité, sans sçavoir à laquelle de ces deux conditions je dois estre eternellement en partage.

Voila mon estat plein de misere, de foiblesse, d'obscurité. Et de tout cela je conclus que je dois donc passer tous les jours de ma vie sans songer à ce qui me doit arriver, &amp;amp; que je n'ay qu'à suivre mes inclinations sans reflexion &amp;amp; sans inquietude, en faisant tout ce qu'il faut pour tomber dans le malheur eternel au cas que ce qu'on en dit soit veritable. Peut-estre que je pourrois trouver quelqu'éclaircissement dans mes doutes ; mais je n'en veux pas prendre la peine, ny faire un pas pour le chercher ; &amp;amp; en traitant avec mépris ceux qui se travailleroient de se soin, je veux aller sans prévoyance &amp;amp; sans crainte tenter un si grand evenement, &amp;amp; me laisser mollement conduire à la mort dans l'incertitude de l'éternité de ma condition future.

En verité il est glorieux à la Religion d'avoir pour ennemis des hommes si déraisonnables ; &amp;amp; leur opposition luy est si peu dangereuse, qu'elle sert au contraire à l'établissement des principales veritez qu'elle nous enseigne. Car la foy Chrestienne ne vas principalement qu'à establir ces deux choses, la corruption de la nature, &amp;amp; la redemption de JESUS-CHRIST. Or s'ils ne servent pas à monstrer la verité de la redemption par la sainteté de leurs moeurs, ils servent au moins admirablement à monstrer la corruption de la nature par des sentimens si dénaturez.

Rien n'est si important à l'homme que son estat ; rien ne luy est si redoutable que l'eternité. Et ainsi qu'il se trouve des hommes indifferents à la perte de leur estre, &amp;amp; au peril d'une eternité de misere, cela n'est point naturel. Ils sont tout autre à l'égard de toutes les autres choses : ils craignent jusqu'aux plus petites, ils les prévoyent, ils les sentent ; &amp;amp; ce mesme homme qui passe les jours &amp;amp; les nuits dans la rage &amp;amp; dans le desespoir pour la perte d'une charge, ou pour quelqu'offense imaginaire à son honneur, est celuy là-mesme qui sçait qu'il va tout perdre par la mort, &amp;amp; qui demeure neanmoins sans inquietude, sans trouble, &amp;amp; sans émotion. Cette étrange insensibilité pour les choses les plus terribles dans un coeur si sensible aux plus legeres, est une chose monstrueuse ; c'est un enchantement incomprehensible, &amp;amp; un assoupissement surnaturel.

Un homme dans un cachot ne sçachant si son arrest est donné, n'ayant plus qu'une heure pour l'apprendre, &amp;amp; cette heure suffisant, s'il sçait qu'il est donné, pour le faire revoquer, il est contre la nature qu'il employe cette heure-là non à s'informer si cet arrest est donné, mais à joüer, &amp;amp; à se divertir. C'est l'estat où se trouvent ces personnes, avec cette difference que les maux dont ils sont menacez sont bien autres que la simple perte de la vie &amp;amp; un supplice passager que ce prisonnier apprehenderoit. Cependant ils courent sans soucy dans le précipice aprés avoir mis quelque chose devant leurs yeux pour s'empescher de la voir, &amp;amp; ils se moquent de ceux qui les en avertissent.

Ainsi non seulement le zele de ceux qui cherchent Dieu prouve la veritable Religion, mais aussi l'aveuglement de ceux qui ne le cherchent pas, &amp;amp; qui vivent dans cette horrible negligence. Il faut qu'il y aie un étrange renversement dans la nature de l'homme pour vivre dans cet estat, &amp;amp; encore plus pour en faire vanité. Car quand ils auroient une certitude entiere qu'ils n'auroient rien à craindre aprés la mort que de tomber dans le neant, ne seroit-ce pas un sujet de desespoir plûtost que de vanité ? N'est-ce donc pas une folie inconcevable, n'en estant pas assurez, de faire gloire d'estre dans ce doute ?

Et neanmoins il est certain que si dénaturé qu'il y a dans son coeur une semence de joye en cela. Ce repos brutal entre la crainte de l'enfer, &amp;amp; du neant semble si beau, que non seulement ceux qui sont veritablement dans ce doute malheureux s'en glorifient ; mais que ceux mesme qui n'y sont pas croyent qu'il leur est glorieux de feindre d'y estre. Car l'experience nous fait voir que la plus part de ceux qui s'en meslent sont de ce dernier genre ; que ce sont des gens qui se contrefont, &amp;amp; qui ne sont pas tels qu'ils veulent paroitre. Ce sont des personnes qui ont ouy dire que les belles manieres du monde consistent à faire ainsi l'emporté. C'est ce qu'ils appellent avoir secoüé le joug ; &amp;amp; la plus part ne le font que pour imiter les autres.

Mais s'ils ont encore tant soit peu de sens commun, il n'est pas difficile de leur faire entendre combien ils s'abusent en cherchant par là de l'estime. Ce n'est pas le moyen d'en aquerir, je dis mesme parmy les personnes du monde qui jugent sainement des choses, &amp;amp; qui sçavent que la seule voye d'y reüssir c'est de paroistre honneste, fidelle, judicieux, &amp;amp; capable de servir utilement ses amis ; parce que les hommes n'aiment naturellement que ce qui leur peut estre utille. Or quel avantage y a-t'il pour nous à oüir dire à un homme qu'il a secoüé le joug, qu'il ne croit pas qu'il y ait un Dieu qui veille sur ses actions, qu'il se considere comme seul maistre de sa conduite, qu'il ne pense à en rendre compte qu'à soy mesme ? Pense-t'il nous avoir porté par là à avoir desormais bien de la confiance en luy, &amp;amp; à en attendre des consolations, des conseils, &amp;amp; des secours dans tous les besoins de la vie ? Pense-t'il nous avoir bien rejoüis de nous dire qu'il doute si nostre ame est autre chose qu'un peu de vent &amp;amp; de fumée, &amp;amp; encore de nous le dire d'un ton de voix fier &amp;amp; content ? Est-ce donc une chose à dire gayement ; &amp;amp; n'est-ce pas une chose à dire au contraire tristement, comme la chose du monde la plus triste ?

S'ils y pensoient serieusement ils verroient que cela est si mal pris, si contraire au bon sens, si opposé à l'honnesteté, &amp;amp; si éloigné en toute maniere de ce bon air qu'ils cherchent, que rien n'est plus capable de leur attirer le mespris &amp;amp; l'aversion des hommes, &amp;amp; de les faire passer pour des personnes sans esprit &amp;amp; sans jugement. Et en effet si on leur fait rendre compte de leurs sentimens &amp;amp; des raisons qu'ils ont de douter de la Religion, ils diront des choses si foibles &amp;amp; si basses qu'ils persuaderoient plutost du contraire. C'estoit ce que leur disoit un jour fort à propos une personne : si vous continuez à discourir de la sorte, leur disoït-il, en verité vous me convertirez. Et il avoit raison ; car qui n'auroit horreur de se voir dans des sentimens où l'on a pour compagnons des personnes si méprisables ?

Ainsi ceux qui ne font que feindre ces sentimens sont bien mal-heureux de contraindre leur naturel pour se rendre les plus impertinens des hommes. S'ils sont faschez dans le fond de leur coeur de n'avoir pas plus de lumiere, qu'ils ne le dissimulent point. Cette declaration ne sera pas honteuse. Il n'y a de honte qu'à n'en point avoir. Rien ne descouvre davantage une estrange foiblesse d'esprit que de ne pas connoistre quel est le malheur d'un homme sans Dieu. Rien ne marque davantage une extréme bassesse de coeur que de ne pas souhaiter la verité des promesses eternelle. Rien n'est plus lasche que de faire le brave contre Dieu. Qu'ils laissent donc ces impietez à ceux qui sont assez mal nez pour estre veritablement capables : qu'ils soient au moins honnestes gens, s'ils ne peuvent encore estre Chrestiens : &amp;amp; qu'ils reconnoissent enfin qu'il n'y a que deux sortes de personnes qu'on puisse appeller raisonnables ; ou ceux qui servent Dieu de tout leur coeur, parce qu'ils le connoissent ; ou ceux qui le cherchent de tout leur coeur, parce qu'ils ne le connoissent pas encore.

C'est donc pour les personnes qui cherchent Dieu sincerement, &amp;amp; qui reconnoissant leur misere desirent veritablement d'en sortir, qu'il est juste de travailler, afin de leur ayder à trouver la lumiere qu'ils n'ont pas.

Mais pour ceux qui vivent sans le connoistre, &amp;amp; sans le chercher, ils se jugent eux-mesmes si peu dignes de leur soin, qu'ils ne sont pas dignes du soin des autres : &amp;amp; il faut avoir toute la charité de la Religion qu'ils mesprisent pour ne les pas mespriser jusqu'à les abandonner dans leur folie. Mais parce que cette Religion nous oblige de les regarder toûjours tant qu'ils seront en cette vie comme capables de la grace qui peut les éclairer, &amp;amp; de croire qu'ils peuvent estre dans peu de temps plus remplis de foy que nous ne sommes, &amp;amp; que nous pouvons au contraire tomber dans l'aveuglement où ils sont ; il faut faire pour eux ce que nous voudrions qu'on fist pour nous si nous estions en leur place, &amp;amp; les appeller à avoir pitié d'eux-mesmes, &amp;amp; à faire au moins quelques pas pour tenter s'ils ne trouveront point de lumiere. Qu'ils donnent à la lecture de cet ouvrage quelques-unes de ces heures qu'ils employent si inutilement ailleurs. Peut-estre y rencontreront-ils quelquechose, ou du moins ils n'y perdront pas beaucoup. Mais pour ceux qui y apporteront une sincerité parfaite &amp;amp; un veritable desir de connoistre la verité, j'espere qu'ils y auront satisfaction, &amp;amp; qu'ils seront convaincus des preuves d'une Religion si divine que l'on y a ramassées. 
</description><content:encoded><![CDATA[<br />
Contre l'Indifference des Athées.<br />
<br />
QUE ceux qui combattent la religion apprennent au moins quelle elle est avant que de la combattre. Si cette Religion se vantoit d'avoir une veuë claire de Dieu, & de le posseder à découvert & sans voile, ce seroit la combattre que de dire qu'on ne voit rien dans le monde qui le monstre avec cette évidence. Mais puisqu'elle dit au contraire que les hommes sont dans les tenebres, & dans l'éloignement de Dieu, qu'il s'est caché à leur connoissance, & que c'est mesme le nom qu'il se donne dans les Escritures, Deus absconditus : & enfin si elle travaille également à établir ces deux choses ; que Dieu a mis des marques sensibles dans l'Eglise pour se faire reconnoistre à ceux qui le chercheroient sincerement ; & qu'il les a couvertes neanmoins de telle sorte qu'il ne sera apperçû que de ceux qui le cherchent de tout leur coeur ; quel avantage peuvent-ils tirer, lors que dans la negligence où ils font profession d'estre de chercher la verité, ils crient que rien ne la leur monstre ; puisque cette obscurité où ils sont, & qu'ils objectent à l'Eglise ne fait qu'établir une des choses qu'elle soûtient sans toucher à l'autre, & confirme sa doctrine bien loin de la ruiner ?<br />
<br />
Il faudroit pour la combattre qu'ils criassent qu'ils ont fait tous leurs efforts pour chercher par tout, & mesme dans ce que l'eglise propose pour s'en instruire, mais sans aucune satisfaction. S'ils parloient de la sorte, ils combattroient à la verité une de ses prétentions. Mais j'espere monstrer icy qu'il n'y a point de personne raisonnable qui puisse parler de la sorte ; & j'ose mesme dire que jamais personne ne l'a fait. On sçait assez de quelle maniere agissent ceux qui sont dans cet esprit. Ils croyent avoir fait de grands efforts pour s'instruire lors qu'ils ont employé quelques heures à la lecture de l'Escriture, & qu'ils ont interrogé quelqu'Ecclesiastique sur les veritez de la foy. Aprés cela ils se vantent d'avoir cherché sans succez dans les livres & parmy les hommes. Mais en verité je ne puis m'empescher de leur dire, que cette negligence n'est pas supportable. Il ne s'agit pas icy de l'interest leger de quelque personne étrangere : il s'agit de nous-mesme & de nostre tout.<br />
<br />
L'immortalité de l'ame est une chose qui nous importe si fort, & qui nous touche si profondément, qu'il faut avoir perdu tout sentiment pour estre dans l'indifference de sçavoir ce qui en est. Toutes nos actions & toutes nos pensées doivent prendre des routes si differentes selon qu'il y aura des biens éternels à esperer ou non, qu'il est impossible de faire une démarche avec sens & jugement qu'en la reglant par la veuë de ce point qui doit estre nostre dernier objet.<br />
<br />
Ainsi nostre premier interest & nostre premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet d'où dépend toute nostre conduite. Et c'est pourquoy parmy ceux qui n'en sont pas persuadez, je fais une extrême difference entre ceux qui travaillent de toutes leurs forces à s'en instruire, & ceux qui vivent sans s'en mettre en peine & sans y penser.<br />
<br />
Je ne puis avoir que de la compassion pour ceux qui gémissent sincerement dans ce doute, qui le regardent comme le dernier des malheurs, & qui n'épargnant rien pour en sortir font de cette recherche leur principale & leur plus serieuse occupation. Mais pour ceux qui passent leur vie sans penser à cette derniere fin de la vie, & qui par cette seule raison, qu'ils ne trouvent pas en eux-mesme des lumieres qui les persuadent, negligent d'en chercher ailleurs, & d'examiner à fond si cette opinion est de celles que le peuple reçoit par une simplicité credule, ou de celles qui quoyqu'obscures d'elles-mesmes ont neanmoins un fondement tres solide, je les considere d'une maniere toute differente. Cette negligence en une affaire où il s'agit d'eux-mesmes, de leur éternité, de leur tout, m'irrite plus qu'elle ne m'attendrit ; elle m'étonne & m'épouvante ; c'est un monstre pour moy. Je ne dis pas cecy par le zele pieux d'une devotion spirituelle. Je prétens au contraire que l'amour propre, que l'interest humain, que la plus simple lumiere de la raison nous doit donner ces sentimens. Il ne faut voir pour cela que ce que voyent les personnes les moins éclairées.<br />
<br />
Il ne faut pas avoir l'ame fort élevée pour comprendre qu'il n'y a point icy de satisfaction veritable & solide, que tous nos plaisirs ne sont que vanité, que nos maux sont infinis, & qu'enfin la mort qui nous menace à chaque instant nous doit mettre dans peu d'années, & peut-estre en peu de jours dans un estat éternel de bonheur, ou de malheur, ou d'anneantissement. Entre nous & le ciel, l'enfer, ou le neant il n'y a donc que la vie qui est la chose du monde la plus fragile ; & le ciel n'estant pas certainement pour ceux qui doutent si leur ame est immortelle, ils n'ont à attendre que l'enfer ou le neant.<br />
<br />
Il n'y a rien de plus réel que cela ny de plus terrible. Faisons tant que nous voudrons les braves, voila la fin qui attend la plus belle vie du monde.<br />
<br />
C'est en vain qu'ils détournent leur pensée de cette eternité qui les attend, comme s'ils la pouvoient anneantir en n'y pensant point. Elle subsiste malgré eux, elle s'avance, & la mort qui la doit ouvrir les mettra infailliblement dans peu de temps dans l'horrible necessité d'estre eternellement ou anneantis, ou malheureux.<br />
<br />
Voila un doute d'une terrible consequence ; & c'est déja assurément un tres grand mal que d'estre dans ce doute ; mais c'est au moins un devoir indispensable de chercher quand on y est. Ainsi celuy qui doute & qui ne cherche pas est tout ensemble & bien injuste, & bien malheureux. Que s'il est avec cela tranquille & satisfait, qu'il en fasse profession, & enfin qu'il en fasse vanité, & que ce soit de cet estat mesme qu'il fasse le sujet de sa joye & de sa vanité, je n'ay point de termes pour qualifier une si extravagante creature.<br />
<br />
Où peut-on prendre ces sentimens ? Quel sujet de joye trouve-t'on à n'attendre plus que des miseres sans ressource ? Quel sujet de vanité de se voir dans des obscuritez impénetrables ? Quelle consolation de n'attendre jamais de consolateur ?<br />
<br />
Ce repos dans cette ignorance est une chose monstrueuse, & dont il faut faire sentir l'extravagance & la stupidité à ceux qui y passent leur vie, en leur representant ce qui se passe en eux-mesme, pour les confondre par la veuë de leur folie. Car voicy comment raisonnent les hommes, quand ils choisissent de vivre dans cette ignorance de ce qu'ils sont, & sans en rechercher d'éclaircissement.<br />
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Je ne sçay qui m'a mis au monde, ny ce que c'est que le monde, ny que moy-mesme. Je suis dans une ignorance terrible de toutes choses. Je ne sçais ce que c'est que mon corps, que mes sens, que mon ame ; & cette partie mesme de moy qui pense ce que je dis, & qui fait reflexion sur tout & sur elle-mesme, ne se connoist non plus que le reste. Je vois ces effroyables espaces de l'Univers qui m'enferment, & je me trouve attaché à un coin de cette vaste estenduë, sans sçavoir pourquoy je suis plûtost placé en ce lieu qu'en un autre, ny pourquoy ce peu de temps qui m'est donné à vivre m'est assigné à ce point plûtost qu'à un autre de toute l'eternité qui m'a precedé, & de toute celle qui me suit. Je ne vois que des infinitez de toutes parts qui m'engloutissent comme un atome, & comme une ombre qui ne dure qu'un instant sans retour. Tout ce que je connois c'est que je dois bientost mourir ; mais ce que j'ignore le plus c'est cette mort mesme que je ne sçaurois éviter.<br />
<br />
Comme je ne sçay d'où je viens, aussi je ne sçay où je vas ; & je sçay seulement qu'en sortant de ce monde, je tombe pour jamais ou dans le neant, ou dans les mains d'un Dieu irrité, sans sçavoir à laquelle de ces deux conditions je dois estre eternellement en partage.<br />
<br />
Voila mon estat plein de misere, de foiblesse, d'obscurité. Et de tout cela je conclus que je dois donc passer tous les jours de ma vie sans songer à ce qui me doit arriver, & que je n'ay qu'à suivre mes inclinations sans reflexion & sans inquietude, en faisant tout ce qu'il faut pour tomber dans le malheur eternel au cas que ce qu'on en dit soit veritable. Peut-estre que je pourrois trouver quelqu'éclaircissement dans mes doutes ; mais je n'en veux pas prendre la peine, ny faire un pas pour le chercher ; & en traitant avec mépris ceux qui se travailleroient de se soin, je veux aller sans prévoyance & sans crainte tenter un si grand evenement, & me laisser mollement conduire à la mort dans l'incertitude de l'éternité de ma condition future.<br />
<br />
En verité il est glorieux à la Religion d'avoir pour ennemis des hommes si déraisonnables ; & leur opposition luy est si peu dangereuse, qu'elle sert au contraire à l'établissement des principales veritez qu'elle nous enseigne. Car la foy Chrestienne ne vas principalement qu'à establir ces deux choses, la corruption de la nature, & la redemption de JESUS-CHRIST. Or s'ils ne servent pas à monstrer la verité de la redemption par la sainteté de leurs moeurs, ils servent au moins admirablement à monstrer la corruption de la nature par des sentimens si dénaturez.<br />
<br />
Rien n'est si important à l'homme que son estat ; rien ne luy est si redoutable que l'eternité. Et ainsi qu'il se trouve des hommes indifferents à la perte de leur estre, & au peril d'une eternité de misere, cela n'est point naturel. Ils sont tout autre à l'égard de toutes les autres choses : ils craignent jusqu'aux plus petites, ils les prévoyent, ils les sentent ; & ce mesme homme qui passe les jours & les nuits dans la rage & dans le desespoir pour la perte d'une charge, ou pour quelqu'offense imaginaire à son honneur, est celuy là-mesme qui sçait qu'il va tout perdre par la mort, & qui demeure neanmoins sans inquietude, sans trouble, & sans émotion. Cette étrange insensibilité pour les choses les plus terribles dans un coeur si sensible aux plus legeres, est une chose monstrueuse ; c'est un enchantement incomprehensible, & un assoupissement surnaturel.<br />
<br />
Un homme dans un cachot ne sçachant si son arrest est donné, n'ayant plus qu'une heure pour l'apprendre, & cette heure suffisant, s'il sçait qu'il est donné, pour le faire revoquer, il est contre la nature qu'il employe cette heure-là non à s'informer si cet arrest est donné, mais à joüer, & à se divertir. C'est l'estat où se trouvent ces personnes, avec cette difference que les maux dont ils sont menacez sont bien autres que la simple perte de la vie & un supplice passager que ce prisonnier apprehenderoit. Cependant ils courent sans soucy dans le précipice aprés avoir mis quelque chose devant leurs yeux pour s'empescher de la voir, & ils se moquent de ceux qui les en avertissent.<br />
<br />
Ainsi non seulement le zele de ceux qui cherchent Dieu prouve la veritable Religion, mais aussi l'aveuglement de ceux qui ne le cherchent pas, & qui vivent dans cette horrible negligence. Il faut qu'il y aie un étrange renversement dans la nature de l'homme pour vivre dans cet estat, & encore plus pour en faire vanité. Car quand ils auroient une certitude entiere qu'ils n'auroient rien à craindre aprés la mort que de tomber dans le neant, ne seroit-ce pas un sujet de desespoir plûtost que de vanité ? N'est-ce donc pas une folie inconcevable, n'en estant pas assurez, de faire gloire d'estre dans ce doute ?<br />
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Et neanmoins il est certain que si dénaturé qu'il y a dans son coeur une semence de joye en cela. Ce repos brutal entre la crainte de l'enfer, & du neant semble si beau, que non seulement ceux qui sont veritablement dans ce doute malheureux s'en glorifient ; mais que ceux mesme qui n'y sont pas croyent qu'il leur est glorieux de feindre d'y estre. Car l'experience nous fait voir que la plus part de ceux qui s'en meslent sont de ce dernier genre ; que ce sont des gens qui se contrefont, & qui ne sont pas tels qu'ils veulent paroitre. Ce sont des personnes qui ont ouy dire que les belles manieres du monde consistent à faire ainsi l'emporté. C'est ce qu'ils appellent avoir secoüé le joug ; & la plus part ne le font que pour imiter les autres.<br />
<br />
Mais s'ils ont encore tant soit peu de sens commun, il n'est pas difficile de leur faire entendre combien ils s'abusent en cherchant par là de l'estime. Ce n'est pas le moyen d'en aquerir, je dis mesme parmy les personnes du monde qui jugent sainement des choses, & qui sçavent que la seule voye d'y reüssir c'est de paroistre honneste, fidelle, judicieux, & capable de servir utilement ses amis ; parce que les hommes n'aiment naturellement que ce qui leur peut estre utille. Or quel avantage y a-t'il pour nous à oüir dire à un homme qu'il a secoüé le joug, qu'il ne croit pas qu'il y ait un Dieu qui veille sur ses actions, qu'il se considere comme seul maistre de sa conduite, qu'il ne pense à en rendre compte qu'à soy mesme ? Pense-t'il nous avoir porté par là à avoir desormais bien de la confiance en luy, & à en attendre des consolations, des conseils, & des secours dans tous les besoins de la vie ? Pense-t'il nous avoir bien rejoüis de nous dire qu'il doute si nostre ame est autre chose qu'un peu de vent & de fumée, & encore de nous le dire d'un ton de voix fier & content ? Est-ce donc une chose à dire gayement ; & n'est-ce pas une chose à dire au contraire tristement, comme la chose du monde la plus triste ?<br />
<br />
S'ils y pensoient serieusement ils verroient que cela est si mal pris, si contraire au bon sens, si opposé à l'honnesteté, & si éloigné en toute maniere de ce bon air qu'ils cherchent, que rien n'est plus capable de leur attirer le mespris & l'aversion des hommes, & de les faire passer pour des personnes sans esprit & sans jugement. Et en effet si on leur fait rendre compte de leurs sentimens & des raisons qu'ils ont de douter de la Religion, ils diront des choses si foibles & si basses qu'ils persuaderoient plutost du contraire. C'estoit ce que leur disoit un jour fort à propos une personne : si vous continuez à discourir de la sorte, leur disoït-il, en verité vous me convertirez. Et il avoit raison ; car qui n'auroit horreur de se voir dans des sentimens où l'on a pour compagnons des personnes si méprisables ?<br />
<br />
Ainsi ceux qui ne font que feindre ces sentimens sont bien mal-heureux de contraindre leur naturel pour se rendre les plus impertinens des hommes. S'ils sont faschez dans le fond de leur coeur de n'avoir pas plus de lumiere, qu'ils ne le dissimulent point. Cette declaration ne sera pas honteuse. Il n'y a de honte qu'à n'en point avoir. Rien ne descouvre davantage une estrange foiblesse d'esprit que de ne pas connoistre quel est le malheur d'un homme sans Dieu. Rien ne marque davantage une extréme bassesse de coeur que de ne pas souhaiter la verité des promesses eternelle. Rien n'est plus lasche que de faire le brave contre Dieu. Qu'ils laissent donc ces impietez à ceux qui sont assez mal nez pour estre veritablement capables : qu'ils soient au moins honnestes gens, s'ils ne peuvent encore estre Chrestiens : & qu'ils reconnoissent enfin qu'il n'y a que deux sortes de personnes qu'on puisse appeller raisonnables ; ou ceux qui servent Dieu de tout leur coeur, parce qu'ils le connoissent ; ou ceux qui le cherchent de tout leur coeur, parce qu'ils ne le connoissent pas encore.<br />
<br />
C'est donc pour les personnes qui cherchent Dieu sincerement, & qui reconnoissant leur misere desirent veritablement d'en sortir, qu'il est juste de travailler, afin de leur ayder à trouver la lumiere qu'ils n'ont pas.<br />
<br />
Mais pour ceux qui vivent sans le connoistre, & sans le chercher, ils se jugent eux-mesmes si peu dignes de leur soin, qu'ils ne sont pas dignes du soin des autres : & il faut avoir toute la charité de la Religion qu'ils mesprisent pour ne les pas mespriser jusqu'à les abandonner dans leur folie. Mais parce que cette Religion nous oblige de les regarder toûjours tant qu'ils seront en cette vie comme capables de la grace qui peut les éclairer, & de croire qu'ils peuvent estre dans peu de temps plus remplis de foy que nous ne sommes, & que nous pouvons au contraire tomber dans l'aveuglement où ils sont ; il faut faire pour eux ce que nous voudrions qu'on fist pour nous si nous estions en leur place, & les appeller à avoir pitié d'eux-mesmes, & à faire au moins quelques pas pour tenter s'ils ne trouveront point de lumiere. Qu'ils donnent à la lecture de cet ouvrage quelques-unes de ces heures qu'ils employent si inutilement ailleurs. Peut-estre y rencontreront-ils quelquechose, ou du moins ils n'y perdront pas beaucoup. Mais pour ceux qui y apporteront une sincerité parfaite & un veritable desir de connoistre la verité, j'espere qu'ils y auront satisfaction, & qu'ils seront convaincus des preuves d'une Religion si divine que l'on y a ramassées. <br />
]]></content:encoded><dc:creator>Pasquinus-ridens</dc:creator><dc:date>2007-09-03T05:57:36+01:00</dc:date></item><item><title>[Et-in-Arkadia-ego] Les Massacres de Septembre: 2 au 7 septembre 1792.</title><link>http://blog.et-in-arkadia-ego.gayattitude.com/20070902080241/les-massacres-de-septembre-2-au-7-septembre-1792/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.et-in-arkadia-ego.gayattitude.com/20070902080241/les-massacres-de-septembre-2-au-7-septembre-1792/</guid><description>
Depuis la veille, des rumeurs sinistres courent la ville. On parle d'une conspiration des aristocrates et des prêtres. On parle aussi d'un massacre général des suspects. Des placards meurtriers signés «Marat» tapissent les murs. L'atmosphère est lourde, il y traîne comme une odeur de sang.

Le journaliste Prud'homme, lié avec Danton, court s'informer près de lui - Tout espèce de mesure modérée est inutile, déclare le ministre. La colère du peuple est à son comble, il y aurait du danger à l'arrêter. Sa première fureur assouvie, on pourra lui faire entendre raison.

Le massacre est donc prémédité Marat l'ordonne, la Commune l'organise, Danton l'approuve. Il veut, en frappant de terreur les électeurs de la Convention prochaine, les détacher des Girondins, les rendre dantonistes.

La boucherie commence avec l'égorgement de vingt-trois prêtres réfractaires à la prison de l'Abbaye par des fédérés marseillais et bretons. Billaud-Varenne, substitut du procureur de la Commune, les pieds dans une boue rouge, s'écrie : « Peuple, tu immoles tes ennemis, tu fais ton devoir i » Maillard, le Maillard du 14 Juillet et des jours d'Octobre, qui se trouve là aussi, dit alors: - Plus rien 'à faire ici, allons aux Carmes.

Une bande, provenant des sections du Luxembourg et des Quatre-Nations, le suit au couvent des Carmes où sont renfermés cent cinquante prêtres insermentés. A l'arrivée des assassins, ils courent s'agenouiller à la chapelle. Ils sont tués à coups de pique, de hache et de bâton. L'archevêque d'Arles meurt en martyr. Sont abattus après lui les deux frères La Rochefoucauld, évêques de Saintes et de Beauvais, le confesseur roi Hébert, le général des Bénédictins Dom Chevreul. Des religieux ont fui dans le jardin. Ils sont traqués d'arbre en arbre, tirés comme un gibier. Bien peu, escaladant les murs, peuvent se réfugier dans les maisons voisines.

Après avoir bu, la horde retourne à l'Abbaye encore pleine de prisonniers. Exécuteur des ordres de Comité de surveillance, Maillard, en bon procédurier, installe dans le vestibule de la prison un tribunal qu'il préside, assis devant une table, le registre d'écrou sous les yeux, et entouré de douze coquins, ses assesseurs. Les tueurs sont placés derrière la porte à guichet qui donne sur la rue Sainte-Marguerite. Un à un, les détenus sont amenés devant le tribunal. En habit gris, la tête poudrée, le sabre au côté, Maillard les interroge avec froideur. Passent d'abord une cinquantaine de Suisses et de gardes du corps emprisonnés depuis le 10 Août.

Pour chacun d'eux, Maillard se borne à prononcer trois mots

- A la Force.

C'est la formule convenue pour déguiser leur arrêt aux condamnés.

La porte s'ouvre. L'un après l'autre on les pousse. Dès qu'ils ont franchi le seuil, ils tombent sous les piques ou les baïonnettes.

La nuit est venue. Le travail (comme dit Billaud-Varenne) se poursuit à la lueur des torches. L'ancien ministre Montmorin comparaît. Le tribunal dit «du i 7 août », auquel il a été déféré

quelques jours plus tôt, l'a acquitté. Le peuple, qui voit en lui un des chefs de la « conspiration royaliste », a protesté avec tant de violences que Danton l'a fait ramener à l'Abbaye. Dédaigneux,

il récuse ces nouveaux juges.

- Soit, dit Maillard, vous irez à la Force.

- Monsieur le Président, puisqu'on vous appelle ainsi, je vous prie de me faire avoir une voiture.

- Vous allez l'avoir, répond Maillard.

Montmorin sort, très digne, et s'affaisse aussitôt, percé de coups.

Thierry, valet de chambre de Louis XVI, lui succède. il crie bravement « Vive le roi » et va trébucher sur le cadavre de Montmorin. La foule, acharnée sur lui, avec une torche lui brûle le visage.

On contraint au milieu des rires le colonel de Saint-Mars à se traîner à genou, une pique enfoncée dans le corps, puis on le décapite.

Plus de trois cents prisonniers sont ainsi « élargis »....

La garde nationale laisse faire. Santerre prétend qu'il n'est pas certain de ses troupes. La Législative, à qui Fauchet a dénoncé la tuerie des Carmes, nomme une députation « pour rétablir le calme ». En font partie, avec d'autres, Dussaulx, Bazire, Chabot, Isnard. Arrivés à l'Abbaye, le vieux Dussaulx se borne à quelques mots patelins, aussitôt ouverts

par des huées. Isnard, l'éloquent Isnard, se tait. Tous ces politiciens sont verts de peur. Dussaulx dit à ses collègues: «Retirons-nous.» Ils reviennent au Manège, rendent compte. L'Assemblée, tranquillement, passe à l'ordre du jour et expédie les affaires courantes...

Danton, averti au sortit du Conseil par Grandpré, l'un des subordonnés de Roland, le repousse, « les yeux lui sortant de la tête, avec le geste d'un furieux» : - Je me f... bien des prisonniers ! Qu'ils deviennent ce qu'ils pourront

Les ministres girondins, dénoncés par Robespierre, attaqués par la Commune qui a lancé un mandat d'arrêt contre Roland et Brissot, ne songent qu'à leur propre salut et montrent une lâcheté navrante. Roland, dans une lettre de timide protestation, écrira à l'Assemblée : « Hier fut un jour sur les événements duquel il faut peut-être jeter un voile. Je sais que le peuple, terrible dans sa vengeance, y porte encore une sorte' de justice. » Quant à la presse girondine, elle fait bonnement l'apologie du massacre...

La nuit entière il a continué à l'Abbaye, puis de là s'est étendu à toutes les prisons, à la Conciergerie, au Châtelet, à la Force, à la Salpêtrière, à Bicêtre. De mieux en mieux organisé, il va durer jusqu'au 6 septembre - cinq jours - sans qu'aucune autorité, ni aucun chef populaire ait essayé de s'y opposer. Les victimes sont de toutes classes : prêtres, aristocrates, voleurs, détenus pour dettes, filles publiques, artisans, manœuvres, jusqu'à des enfants.

A la Force, le matin du 3, vers dix heures, la princesse de Lamballe est tirée de son cachot. Couchée, malade, elle était épouvantée des bruits qu'elle entendait.

Levez-vous, madame, il faut aller à l'Abbaye, lui disent les deux gardes nationaux envoyés pour la chercher.

La malheureuse répond par ses mots ingénus

- Prison pour prison, j'aime autant celle-ci.

On la presse. Tremblante, la tête perdue, elle s'habille et suit les gardes. Qui êtes-vous ? lui demande Hébert, accoudé à sa table.

- Marie-Louise de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, murmure-t-elle et s'évanouit.

On l'assied, on lui fait reprendre ses sens et l'interrogatoire continue. Il y a dans les juges, il y a dans la foule qui l'entoure des hommes qui, payés par le duc de Penthièvre, son beau-père, voudraient la sauver. On lui demande ce qu'elle connaît des complots de la cour.

Elle balbutie

- Je n'ai connu aucun complot.

- Faites serment d'aimer la liberté et l'égalité, jurez haine au roi, à la reine, à la royauté.

La menue, timide créature qui, abritée en Angleterre, n'est revenue en France que pour partager les dangers de la reine, sa maîtresse et son amie, se redresse dans sa robe froissée. Un doux héroïsme la soulève

- Je ferai facilement le premier serment, je ne puis faire le second, qui n'est pas dans mon cœur.

- Jurez donc, lui souffle quelqu'un, ou vous êtes morte

Elle ne répond pas, se détourne et cache son visage dans ses mains.

Hébert alors, levant sa tête sèche et dure, prononce le mot fatal.

- Elargissez madame.

Deux hommes la prennent par les bras et l'entraînent dans la rue. Devant l'amas des cadavres dont la plupart sont déjà dépouillés, elle soupire

- Fi ! l'horreur

Un sabre s'abat sur son cou. Elle est percée de plusieurs coups de piques. On la dévêt entièrement. Elle reste ainsi deux heures, étalée nue au coin d'une borne, à la risée lubrique de la foule. Un peu plus tard, on lui coupe la tête, on lui arrache le cœur.

Marat, si grand amateur de sang, devrait être satisfait. Il lui faut mieux encore. Paris ne lui suffît pas; il veut que le massacre, comme à la Saint-Barthélemy, s'étende à la France entière : il fait tirer sur ses presses la circulaire suivante, datée du 3 septembre

« Prévenue que des hordes barbares s'avançaient contre elle, la Commune de Paris se hâte d'informer ses frères de tous les départements qu'une partie des conspirateurs féroces, détenus dans les prisons, a été mise à mort par le peuple : actes de justice qui lui ont paru indispensables pour retenir par la terreur les légions de traîtres cachés dans ses murs, au moment ou il allait marcher a' l'ennemi; et sans doute la nation entière, après la longue suite de trahisons qui l'ont conduite sur les bords de l'abîme, s'empressera d'adopter ce moyen si nécessaire de sa/ut public, et tous les Français s 'écrieront comme les Parisiens «Nous marchons à l'ennemi, mais nous ne laisserons pas derrière nous des brigands pour égorger nos femmes et nos enfants »

Signée de tous les membres du Comité de surveillance, cette circulaire est expédiée aussitôt dans les départements avec le contreseing du ministre de la Justice, apposé par Fabre d'Eglantine, l'âme damnée de Danton.

Danton, pourtant, doit sentir qu'on est allé trop loin, que le vrai Paris ne suit pas. L'interminable tuerie a rempli la population d'horreur. Il obtient la révocation des mandats d'arrêt contre Brissot et Roland. Habilement, il fait échapper Adrien Duport, Talleyrand, Charles de Lameth.

Ce n'est point générosité, mais politique. Car à l'égard des prisonniers d'Orléans, sa conduite est monstrueuse. Il y a là cinquante-trois inculpés qui vont être jugés par la Haute Cour. Le 2 septembre, Danton y envoie son ami Fournier l'Américain, avec une grosse troupe de volontaires, pour les ramener à Paris. Fournier, pirate à la face moustachue et livide, ceinturé de poignards et de pistolets, trompe les magistrats d'Orléans et leur arrache les prisonniers qu'il dirige sur Versailles. Il y a pris rendez-vous pour le 9 avec les égorgeurs que doit lui envoyer le Comité de surveillance. Un ancien Constituant, Alquier, président du Tribunal criminel de Versailles, galope à Paris, avertit Danton du danger où sont les prisonniers et lui demande s'il doit les interroger.

- Que vous importe? répond le ministre de la Justice. Il y a parmi ces gens-là de grands coupables. On ne sait pas encore de quel œil le peuple les verra et jusqu'où peut aller son indignation.

Comme Alquier proteste et invoque sa qualité, Danton l'interrompt

- Ne vous mêlez pas de ces gens-là. Il pourrait en résulter pour vous de grands désagréments.

Il tourne le dos au magistrat qui rentre à Versailles désespéré.

Le lendemain le maire, Hippolyte Ruchaud, essaie au risque de sa vie de sauver les malheureux. En vain ils sont tués dans les chariots qui les ont amenés jusqu'à l'Orangerie. Périssent le duc de Brissac, ancien commandant de la garde constitutionnelle de Louis XVI, les ex-ministres Lessart et d'Abancourt, l'évêque de Mende Castellane, une quarantaine d'autres. Leurs cadavres sont dépouillés, dépecés, et les morceaux accrochés aux grilles du palais de Louis XIV. Les bourreaux se portent ensuite sur la maison d'arrêt où ils dépêchent la plupart des détenus. Ils reviennent à Paris avec leurs chariots sanglants et s'arrêtent, tambours battants, place Vendôme, devant l'hôtel de la Chancellerie.

Danton descend sur le seuil. Fournier lui rend compte de ses actes. Le ministre l'approuve, lui et ses hommes. On l'entend dire à voix haute

- Ce n'est pas le ministre de la Justice, c'est le ministre de la Révolution qui vous félicite

Il se trompe, il n'est que le ministre de l'assassinat.

En province, la criminelle circulaire du 3 septembre trouve moins d'écho que Marat ne l'a espéré. Mais beaucoup d'aristocrates et surtout des prêtres sont tués, le plus souvent par des bandes venues de Paris, à Meaux, à Reims, à Charleville, à Caen, à Lyon. Le duc de La Rochefoucauld, ancien président du Directoire de Paris, est assassiné à Gisors.

Au total, les journées de Septembre à Paris et dans les départements ont fait quatorze cent cinquante morts. De ces morts sont responsables au premier titre Marat, puis Danton, Manuel, Hébert, Billaud-Varenne. Ils y ont eu tous une part directe. Ils ont été constamment derrière le Comité de surveillance qui a réglé le massacre. Robespierre a pu se voiler la face, et, plus tard, se défendre d'avoir donné son approbation, cette approbation pour n'être pas formulée n'est pas moins réelle. Tous ses actes l'établissent; à cet égard, il est aussi coupable que Danton.

Faites sous de tels auspices, les élections de Paris sont extrémistes. Appuyée par la Commune et par Danton, la liste maratiste triomphe. Robespierre est le premier élu; dans les derniers figurent le duc d'Orléans, élu sur l'insistance de Danton, et qui s'intitule désormais le «citoyen Egalité ». Pétion, écrasé, est obligé d'aller se faire mandater par l'Eure-et-Loir.

Dans les départements, l'élection est plus calme. Quoique fort animé contre Louis XVI, le pays ne se prononce pas nettement pour l'abolition de la monarchie. Il montre de la répugnance à briser une si ancienne tradition.

Après tant de fautes, la Législative du moins n'a pas commis celle où tomba la Constituante d'exclure les députés sortants de la nouvelle Assemblée. Un grand nombre d'entre eux et aussi de Constituants sont renvoyés à la Convention.

Les Girondins espéraient mieux des élections. Ils mesurent maintenant à leur résultat les excitations de Marat, la démagogie de Danton, la prééminence que s'est ménagée Robespierre. Dans les derniers jours laissés à la Législative avant que sa session soit close, ils essaient de réagir. Vergniaud, le premier, se dresse contre l'odieux Comité de surveillance. Il demande que la Commune réponde tête pour tête de la sûreté des prisonniers dont elle a de nouveau rempli les maisons de force. Beau discours, trop tardif, et qu'on sent trop dû à l'échec électoral. L'Assemblée, les tribunes applaudissent. La Commune inquiète feint de se soumettre, elle casse son Comité et arrête quelques mesures pour la sécurité des citoyens.

Ce sera toujours sa tactique. Quand le pouvoir, c'est-à-dire l'Assemblée, montre de l'énergie, la Commune s'incline. Dès qu'il faiblit sa tyrannie reparaît. 
</description><content:encoded><![CDATA[<br />
Depuis la veille, des rumeurs sinistres courent la ville. On parle d'une conspiration des aristocrates et des prêtres. On parle aussi d'un massacre général des suspects. Des placards meurtriers signés «Marat» tapissent les murs. L'atmosphère est lourde, il y traîne comme une odeur de sang.<br />
<br />
Le journaliste Prud'homme, lié avec Danton, court s'informer près de lui - Tout espèce de mesure modérée est inutile, déclare le ministre. La colère du peuple est à son comble, il y aurait du danger à l'arrêter. Sa première fureur assouvie, on pourra lui faire entendre raison.<br />
<br />
Le massacre est donc prémédité Marat l'ordonne, la Commune l'organise, Danton l'approuve. Il veut, en frappant de terreur les électeurs de la Convention prochaine, les détacher des Girondins, les rendre dantonistes.<br />
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La boucherie commence avec l'égorgement de vingt-trois prêtres réfractaires à la prison de l'Abbaye par des fédérés marseillais et bretons. Billaud-Varenne, substitut du procureur de la Commune, les pieds dans une boue rouge, s'écrie : « Peuple, tu immoles tes ennemis, tu fais ton devoir i » Maillard, le Maillard du 14 Juillet et des jours d'Octobre, qui se trouve là aussi, dit alors: - Plus rien 'à faire ici, allons aux Carmes.<br />
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Une bande, provenant des sections du Luxembourg et des Quatre-Nations, le suit au couvent des Carmes où sont renfermés cent cinquante prêtres insermentés. A l'arrivée des assassins, ils courent s'agenouiller à la chapelle. Ils sont tués à coups de pique, de hache et de bâton. L'archevêque d'Arles meurt en martyr. Sont abattus après lui les deux frères La Rochefoucauld, évêques de Saintes et de Beauvais, le confesseur roi Hébert, le général des Bénédictins Dom Chevreul. Des religieux ont fui dans le jardin. Ils sont traqu